L'ange recroquevillé

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un ange recroquevillé sur le sol empoussiéré.

Un ange, les ailes repliées, attendant que la tempête soit dissipée.

Un ange de toute beauté, aux reflets mordorés.

 

Il est là depuis trop longtemps, il le sait, que le moment est venu de se libérer.

Il est un peu ankylosé, de tous ces efforts supportés, année après année.

 

Mais il ne doute pas, malgré le voile de nuages et l’air froid. Il a confiance en ce qu’il a accompli, déjà, et ce qui l’attend après, juste là, à l’orée de ce désert, au loin où tout est vert.

 

Il s’est posé par nécessité, parce qu’il le fallait, parce qu’on ne lutte pas contre un ouragan déchaîné, même si on a deux ailes faites pour s’élever. Il a senti le vent tourner, il a infléchi sa trajectoire préparée, et il s’est résigné à subir ce qui était prédit.

Il se doute bien que cette vision est étrange, au milieu de tout ce sable, lui l’ange, les ailes repliées, les plumes sur le front, à patienter et à faire le dos rond.

Mais il n’a rien à prouver, il a tout expérimenté.

Mais il n’a rien à redouter, tout est accepté.

Mais il n’a rien à garder, tout ce qui le souffle du vent va révéler sera anéanti, emporté.

 

Il n’a qu’à attendre, le visage clos, les gestes tendres, pour préserver celle qu’il porte sur son dos et à présent au creux de son cœur, bien au chaud : ce bébé, rond et fripon, ce cadeau hors dimension. Il n’était pas prêt à l’accepter au départ. Il voyait cela comme une charge, un mauvais coup du hasard ; puis le temps est passé, lui vigilant, devant le sourire de cet enfant ; lui prudent, pour ne surtout pas blesser ce cadeau vivant. Et il a dû se rendre à l’évidence : ce poupon n’était pas un fardeau, mais une chance, ce rejeton n’était pas un poids de trop, mais une évidence,

ce qui le rattache à cette dimension et ce monde, le faisant entrer dans la ronde ;

ce qui le tient éveillé et attentif, au lieu de se fracasser sur des récifs ;

ce qui lui montre ce pour quoi il avance, avec force et constance :

 

sa vie, sa joie immense.

 

Alors aujourd’hui, il attend, que le fracas du vent et du bruit se dissipe dans un souffle, sans tintamarre, ni esbroufe, pour qu’il puisse enfin se redresser, soulagé et reposé, qu’il attrape à nouveau dans ces bras, cet enfant qui le regarde tout droit et qu’il daigne enfin le considérer pour ce qu’il est : un miracle éveillé.

Quand viendra ce moment, il n’y aura pas d’hésitation, ni d’atermoiement. Il y aura un chemin simple et droit, du sol aride et froid, vers cette lumière puissante et belle : celle du soleil éternel, cet astre qui continuait de briller, en dépit des pollutions et de l’obscurité, et qu’il ne pouvait plus voir, perdu dans ce brouillard.

 

Pour le moment, il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre que cesse cet enfer, terrestre et terrien, bien loin de ce qui fait le quotidien d’un ange et de son enfant, de chaleur et de chants ; pour ensuite comprendre d’une fulgurance, le sens de toute cette souffrance, le considérer et en rire, pour totalement l’oublier dans un soupir,

 

et ne plus voir que l’avenir,

et non ce présent oppressant, cette folie de tous les instants, ces heures qui vous font douter qu’ait jamais existé le bonheur.

 

Car la vie n’est jamais celle que l’on attend dans ses rêves incessants. Elle est toujours beaucoup plus que cela, faite de hauts et de bas, mais surtout la maîtresse femme qui montre la voie à notre âme, et lui dit tous les jours

 

que nous ne sommes qu’Amour,

et qu’importe les scories du Mal,

il reste toujours cet idéal qui nous tire vers le haut,

et nous montre combien le monde et beau,

que nous avons de la chance,

d’être au centre de cet Univers immense,

 

petits, mais admirables,

des anges et non des diables,

faibles et indestructibles à la fois :

 

des humains qui sont des rois,

des reines, des champions, des fous ;

 

le commencement de tout.

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