Intense

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Une boule de feu qui luit, à côté de laquelle le soleil a pâli.

Une densité folle qui étonne tous les astronomes.

Une beauté sans partage qui occupe le paysage.

 

Les étoiles ne sont pas ce que l’on imagine, de ces astres froids qui s’affichent sur une carte dans la cuisine. Elles ne se dévoilent vraiment qu’à ceux qui écoutent leur chuchotement, patients et curieux, inventifs et peu nombreux, qui osent voir le cristal au sein du récif banal.

Les étoiles ne rêvent pas d’adorateurs, de furieux inventeurs à même de construire les machines et les outils pour traverser le vide sidéral et apposer une empreinte brutale sur leur surface immaculée, au beau milieu de leur paradis préservé. Elles ont besoin de douceur, d’écoute et de bonheur pour s’ouvrir, s’offrir à ces voyageurs emplis de désir, celui de rencontrer l’autre, d’oser escalader la côte, de franchir ce gué, cette limite entre le rêve et la réalité, le fantasme et le désir, rester ou partir.

Les étoiles ne sont pas de celles qui n’aspirent qu’à demeurer lointaines et immaculées, en objet d’adoration à perpétuité. Elles ne veulent au contraire que le contact, les paroles échangées, les mots transportés, afin de découvrir le monde autrement, d’écouter et de compatir, dans l’instant.

Les étoiles sont légions et pourtant, au milieu de toute cette profusion, il en est une singulière, ni différente, ni altière, juste pulsante, débordante de matière, à propulser l’énergie tel un geyser, à partager tout ce qu’elle sait, sent, découvre avec la Terre entière,

 

un astre débordant de lumière.

 

Elle ne se perçoit pas à part, elle ne conçoit pas que l’on détourne le regard, lorsqu’elle montre la Lune, le ciel, les constellations et s’émerveille de tant de beauté à profusion. Elle passe son temps à ouvrir ses yeux en grand, à s’abreuver à la source de sa curiosité, saine et illimitée.

Elle n’entend pas être distinguée, se voir désigner la star de l’année, même si elle le pourrait, tant elle l’a mérité. Elle ne porte aucun intérêt à ces distinctions qui lui paraissent sans objet, tant elle se sentirait ainsi limitée, stigmatisée, même si cela part d’une bonne idée.

À elle, il lui en faut plus, non pas de breloques ou de médailles à balancer aux Puces, mais de découvertes, de joies à perdre la tête, de projets, de vibrations toute la journée,

 

car elle sait au fond d’elle que ce qui la fait briller est ce qui l’interpelle,

car elle sent que la vie ne vaut d’être vécue que pour la prochaine surprise entrevue,

car elle a appris que le meilleur est dans la joie d’être au centre de ce bouquet d’étincelles que sont la connaissance, l’intuition et la conscience.

 

Alors elle fait fi de ces éloges qui sont dits.

Alors elle ignore ces lauriers et tout cet or.

Alors elle se gausse d’être perçue comme le prochain carrosse, ronflant, pesant, inutilement ennuyant.

 

Elle a compris que ce qui la tient debout, la réveille la nuit, n’est pas l’angoisse de ne pas maîtriser, la peur de manquer, mais bien l’intense et puissante volonté,

 

de continuer à progresser.

 

Et elle n’a rien trouvé de mieux que de partager, de s’ouvrir à l’altérité, de sourire à l’inconnu rencontré.

 

Elle n’est pas grande pourtant, mais la portée et la vigueur de son rayonnement dépassent en totalité l’entendement. Elle n’en a pas la perception ; elle se croit petite, éparpillée dans l’horizon profond,

alors que l’explosion de son rire soulève des montagnes de résignation,

alors que la joie qu’elle diffuse éclabousse les pensées confuses et éclaire d’un jour doux et blanc, tous les questionnements.

 

Les étoiles sont ces grains de lumière qui constellent l’Univers, mais parmi celles-ci, il en est une qui resplendit, modeste et insouciante, en dépit d’une puissance impressionnante. Elle se promène et musarde, mi-amène, mi-gaillarde, désireuse de poursuivre son exploration de tous les recoins de cette maison qui nous abrite tous et nous tient, nous pousse. Elle ne cesse pas d’avancer, malgré le temps, malgré les obstacles, quels qu’ils soient. Elle garde en effet le regard d’un enfant étonné, d’un écueil, d’un oracle, qu’elle se fait alors un plaisir de contourner, sans forfanterie, ni volonté de nuire, mais avec juste le choix de ne pas s’arrêter à ce qui n’en vaut pas la peine, en vérité.

 

Elle file, elle trace, dans l’immensité de l’espace, ici et ailleurs, toujours de bonne humeur, non par choix, mais par nature car il ne sert à rien d’édifier ses propres murs contre lesquels se cogner sans arrêt. Elle, elle abat des murailles chaque journée écoulée, sans même le réaliser, par simple évidence, parce que vivre est une chance et qu’il n’y a pas de temps à perdre à jouer à Phèdre, dramatisant chaque acte, chaque brin d’herbe, dans un non-sens ridicule, au lieu de cesser ce recul.

 

Elle ne cherche même pas à donner l’exemple, à qui, pourquoi ? Cela ne la concerne pas. Elle est largement occupée à ne pas s’éparpiller, devant ces mondes infinis, qui offrent des cadeaux, des joies par milliers. Elle apprend, elle jubile, face à ces plaisirs multiples et faciles, une hotte du Père Noël qui serait remplie de monts et merveilles.

 

Une boule de feu qui luit, à côté de laquelle le soleil a pâli.

Une densité folle qui étonne tous les astronomes.

Une beauté sans partage qui occupe le paysage.

 

Mais avant tout d’une parfaite modestie, qui ne saisit pas combien elle illumine des vies, par le simple fait d’exister et de prouver que le meilleur est de jouir de ce qui nous est donné, sans question, sans hâte, avec l’accueil et l’expression béate de celle qui a compris

 

que chaque instant est béni

et que le monde est dans ce qui nous unis, tous, chacun, du pulsar au météorite lointain, cette pulsation douce et belle,

 

celle de la fraternité éternelle.

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