Le chant

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Une musique incroyable qui monte dans l’air, inouïe, inestimable.

Un son comme on n’en a jamais entendu, à la fois fort et ténu.

Une surprise bienvenue, un soulagement véritable.

Une nécessité de se poser et d’accueillir sa venue.

 

Il n’était pas prévu que cette mélopée bienvenue surgisse de ce passé et chamboule tout dans les rues. Il n’était pas envisagé que les quelques notes qui ont retenti fassent ressurgir en cohorte toute une flopée de souvenirs enfouis. Il n’était pas espéré que cette soudaine muse occupe toute l’espace et s’en empare avec grâce.

Et pourtant la voici, douce, ainsi qu’une amie, présente, mais discrète ; impatiente, mais prête ; attentive, mais sereine ; heureuse, loin de toute peine.

 

Cette rencontre escagasse pourtant. Elle ne peut pas ainsi tout écarter sans trace, se permettre de pousser sans même une grimace, décider que tout ce présent n’est que de la glace, bien loin de la vie et de ses plaisirs fugaces.

Certes, il est plaisant de l’entendre ainsi débarquer. Oui, bien sûr, on a envie de se laisser entraîner, mais les enfants à coucher, mais le travail à assurer, mais le crédit à rembourser. Il ne saurait être raisonnable de la suivre sans anticiper, se préparer, à tout le moins ranger.

 

Et pourquoi pas, en réalité ?

Qu’y a-t-il de plus urgent que de se sentir danser, rire et jouer ? Quel sorte de devoir vous contraindrait, vous imposerait de votre vivant d’être enterré, peu à peu, de vous éteindre à petit feu, de finir plié en deux, vous le danseur aérien, vous le maître du divin ?

Ainsi, il y aurait deux poids de mesures ? Ceux qui s’amusent et ceux qui ont la vie dure ? Ceux qui refusent et ceux qui endurent ? Ceux qui triment à chaque instant et ceux qui profitent du présent, de ce soleil, de cette Lune, de ces merveilles, de ces fortunes ?

 

Alors écoutons encore ce chant, cette voix qui porte à votre oreille ce que vous devriez penser à chaque réveil : que le monde est nouveau toutes les fois que l’on ouvre les yeux, qu’il est beau et qu’il mérite mieux, qu’un simple regard dédaigneux, qu’un unique soupir honteux, de ne pas oser s’en emparer, de ne pas tendre la main et de se laisser emporter.

Non, vous n’avez pas encore saisi. Vous croyez que vous avez tout compris, et cependant vous voilà déjà prêt à repartir, dans votre course folle, dans votre existence sans avenir.

 

Il ne faut pas seulement écouter,

 

Il faut entendre.

 

Il ne faut pas seulement s’extasier,

 

Il faut apprendre.

 

Il ne faut pas seulement remercier,

 

Il faut comprendre.

 

Chaque être est une mélodie à nulle autre pareille ; vous, elle, eux, chevauchant les mêmes notes qui vous porteront jusqu’aux cieux, devant une magnifique porte, celle qui s’ouvre devant les incantations fortes qui l’éblouissent de tant de merveilleux ; et derrière, ce paradis pour bienheureux, ce jardin empli de fruits délicieux, en cadeaux fabuleux. La clé en est évidente, elle est à empoigner séance tenante. Il n’est pas question d’attendre une autre vie, un futur exsangue. C’est aujourd’hui, c’est maintenant que les moments de plaisirs infinis, que les souhaits prennent vie. À quoi bon espérer que peut-être, plus tard, en fin du voyage, dans le noir, à cet instant seulement il sera temps de s’autoriser à rêver, de se permettre de réaliser des peut-être, de décider qu’il est venu le droit aux bienfaits ? Il n’existe pas de second tour de piste, il n’arrivera pas de revenir ses pas, il est impossible de faire réapparaître ce qui s’est dissout dans l’invisible.

 

Ce chant est venu pour cela, pour que résonne dans tous les états, calmes, paisibles, excités, irascibles, joyeux, fébriles, angoissés, terribles, que chaque seconde doit être l’occasion d’entrer dans la ronde, dans la farandole et dans la transe la plus folle,

 

Celle qui fait vibrer,

Celle qui autorise à s’aimer,

Celle qui accouche et qui renaît,

Celle qui montre la vérité,

 

qu’il n’y a aucune raison d’attendre pour prendre ce qui est tendu ainsi qu’une offrande, ce présent permanent, qui n’est pas ce passé pesant, qui ne deviendra pas ce futur oppressant, qui est là, depuis la nuit des temps, à disposition des plus entreprenants, des plus sages et des plus inconvenants, ceux qui ont admis que seul importe l’instant.

 

Alors convient-il de croiser les bras et de se résigner à ce que tout ce que l’on vit ne soit que subi et empesé ? Ou enfin, allez-vous vous réveiller et commencer à vous appliquer, à faire ainsi qu’un enfant sur le banc des écoliers, ressasser, répéter, dire encore et encore, et même crier :

« J’ai droit au bonheur, je l’ai mérité,

et ce jour est celui où je l’accueille sans hésiter ! »

 

Ce n’est plus un chant qui retentira alors, mais mille trompettes, mille cors, des instruments par orchestres complets, des parades de fêtes illimitées, toutes exprimant le même message, la même vérité :

 

«  La fête peut débuter, elle n’a même jamais cessé,

seulement les spectateurs sont devenus acteurs,

 

et dansent sous les lumière allumées,

des étoiles qui brillent à leur côté. »

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