L'obstacle

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un pré en pente douce et à l’herbe dorée ;

Un temps à écouter les fleurs qui poussent et à s’allonger ;

Un passage qui vient de s’accomplir et ne demande qu’à se déployer.

 

L’air est léger, dans un ciel d’un bleu azuré. La journée est belle, de celle à se remémorer. L’on voit quelques hirondelles, qui enchaînent les pirouettes alambiquées, quelques nuages de traîne, juste assez pour les contempler et partir dans des images sereines.

Rien n’est plus urgent, rien n’est vraiment gênant. Tout au plus pourrait-on rechigner de cette brindille qui gratte dans le dos, en haut, sur le côté, si l’on voulait absolument matière à chipoter.

Mais et après ?

À quoi bon chercher la petite bête quand cette quête est sans objet ?

Pourquoi donc se gratter des poux sur la tête alors que l’on a tout pour se poser ?

 

Le paysage qui s’offre de tous côtés est un régal, un tableau parfait ; au loin, une petite maison avec une étable, une rivière aux reflets argentés ; un horizon de collines de couleurs variées, blé, luzerne, fleurs des prés ; et un espace complet à embrasser. Il n’y a qu’à le regarder et à s’y plonger, pour sentir cet intense émotion nous habiter, un mélange de frisson et de caresse mêlé, pour un total abandon mérité.

 

Une mélodie se construit de tous ces sons, de tous ces bruits ; un meuglement lancinant, un trille qui monte d’un arbre géant ; le souffle du vent en bourdonnement ; la respiration qui nous tient vivants ; la vibration de ces énergies en dedans qui vibrent dans un mouvement permanent.

 

Les projets n’en sont plus, ils se sont dissous dans ce présent, cette bulle aux reflets inattendus qui tournoient comme des cerfs-volants, passant du rose flamboyant au cristal transparent. Aucune priorité ne vient s’interposer entre nous et notre réalité. Aucun impératif ne tranche dans le vif ; il est autorisé de se dorloter.

 

Les pensées vagabondent, sautant d’un sujet à l’autre dans la seconde, insistant surtout pour ne pas qu’on les confonde, s’invitant dans un bal qui tient de la ronde. Il est temps de les arrêter, pour qu’enfin l’esprit puisse se poser ; une grande inspiration d’abord, puis le relâchement, sans effort, et l’impression de voir tout à s’échapper au dehors, les tracas, les douleurs ; les soucis, les peurs, pour enfin voir réapparaître cette lueur,

 

Celle qui rayonne au fond de nous et refuse que l’on abandonne malgré tout.

 

Peut-être serait-il temps de se lever ?

Peut-être faudrait-il s’inquiéter du soleil qui va se coucher ?

Peut-être est-il urgent de ne pas bouger un seul doigt de pied ?

 

Et si les questions n’étaient plus d’actualité ? Juste l’évidence d’une vérité révélée, où rien ne compte plus que la présence à soi et à son équilibre retrouvé.

 

Bien sûr, il y a toujours cette culpabilité qui carbure, au remords, qui mène la vie dure, qui ne cesse de faire entendre des cloches qui résonnent, sonnant l’aventure, la possibilité de multiples futurs et reprochant de ne pas forcer l’allure. Il est important d’enfermer ces boniments entre quatre murs, fermement et poliment ; pour qu’enfin soit ressentie la paix la plus pure, le calme le plus absolu, la sérénité jamais vue

 

Parce que c’est mérité, pour sûr.

 

Aussi pourquoi pas ne pas se rouler sur le côté, mettre son nez dans les fleurs qui sont à portée, étendre ses bras sans se presser ? Et percevoir combien cette course folle est illusoire, vers des breloques d’un soir, vers un triomphe en forme de passoire, qui ne retient pas ce qui construit demain, la fluidité, la légèreté, mais garde au contraire ce qui plombe bien, lourd, lesté, sans progrès.

S’asseoir aussi, pour apparaître au sein de ce paysage tel que l’on peut être, un être parmi une multitude, sans aucun sentiment de solitude, à sa place parfaite. Sourire sans peur, sans crainte que s’évapore ce bonheur, parce qu’il n’y aura aucun heurt, aucune erreur dans cette acceptation que nous faisons partie d’une immense création et que notre rôle est certes important, mais ni plus, ni moins que les ondes sur un étang qui accompagnent la course du vent.

 

Il sera juste alors, de s’écouter, de se remercier, d’avoir vaincu toutes ces débâcles, toutes ces guerres en vrac, ces coups, ces claques,

 

Et que seule notre volonté était l’obstacle à la paix que nous nous efforcions de chercher.

 

Nous aurons ensuite le droit de nous lever, de marcher un peu d’un pas léger, et de commencer à siffloter,

 

Car nous aurons gagné notre pleine et entière félicité.

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