Orteils

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Tout rouges et boursouflées, n’en pouvant plus de marcher ;

Complètement à vif, en de presque saucisses à croquer ;

À la limite du supplice, d’avoir ainsi arpenté

 

le monde d’aujourd’hui, tel qu’il est secoué, par un monceau de bêtises et d’absurdités.

 

Ils ont cavalé pourtant, à la recherche de sages, de savants, dans la quête de nouveaux soleils levants qui pourraient peut-être offrir un baume ou des onguents à même de calmer cette fureur de tous les instants, qui alimente les peurs et les tourments, de cette multitude de petits êtres qui s’agitent dans le vent, qui ne savent plus où donner de la tête et courent partout ne criant : « Je ne suis plus une bête, je suis vivant ! », mais ne comprennent pas que ce n’est pas de leurs mirettes que viendra le soulagement, bien au contraire de leurs rêves d’enfants.

 

Alors ces orteils les portent, les guident, les aident à ouvrir des portes et à ne pas tomber dans le vide, mais rien n’y fait ; les hommes trébuchent, se vautrent et se comportent comme ils sont : avides, d’une vanité sans nom, à tourner à vide. Et ils recommencent à courir dans tous les sens, ignorant l’épuisement de leurs corps et leurs quêtes sans aucun sens, uniquement préoccupé de leurs beaux souliers et de leur jouissance, d’être les premiers, d’avoir gagné, sans se rentre compte qu’ils se tiennent sur une balance, où tous leurs actes sont évalués et pesés en silence, bons ou mauvais, dans l’attente d’une sentence

 

qui ne les punira pas, au contraire, mais leur montrera la voie et ce qu’ils pouvaient faire, au lieu de gigoter comme des oies sans tête,  à créer leur propre enfer.

 

Et ces orteils de souffrir, et ces orteils de gémir, de ne servir à rien d’autre qu’à la course à la satisfaction de désirs qui s’emploient à couvrir le frousse, à éviter de se ressaisir et d’admettre que nous ne sommes qu’un feu de brousse qui avance sans coup férir, brûlant, ronflant, sans cesser de s’enfuir vers le néant quand il n’aura plus rien pour le faire rugir.

Et ces orteils de s’user à porter sans arrêt ces obtus, ces benêts qui ne savent pas se poser, mais persistent à vouloir tout défricher, tout arpenter, tout piétiner, pour être sûrs d’être bien les maîtres avérés d’un monde qu’ils ne font qu’effleurer et ravager de leurs incessantes rondes qui les laissent exsangues et désespérés.

 

Alors que ce serait si simple,

 

de virer ses pompes intenables et de se poser ;

de jeter ces godillots épouvantables et de s’allonger,

 

à juste ne rien faire d’autre de remarquable

que de mettre ses orteils en éventails et de sourire au monde

 

tel qu’il est.

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