Lyre

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Quatre cordes et un arc tendu, pour un message qui n’a jamais été entendu, entre chant et danse, entre mystères et déjà-vu, afin que cette soif d’existence trouve enfin son but.

 

Il n’y a pas trente-six mille manières de bouleverser le monde et la Terre ; l’Amour, bien sûr, la bonté la plus pure, mais tout ceci n’a de sens que si le partage entre en résonance, si les mots prononcés et les notes exprimées s’expansent et se déploient dans le ciel immense, pour que le message d’espoir et de gloire atteignent chacun tel un miroir.

Il ne sert à rien de psalmodier dans son coin, entre morigénations et gesticulations qui ne vont qu’effrayer les mésanges et les pinsons ; un défouloir, oui, un gueuloir pour l’après-midi, mais en aucun cas l’effort et l’essor qui méritent que l’on écoute et que l’on se détourne de sa route.

 

Jouer de la lyre, ainsi qu’une aubade, un souvenir, une réminiscence d’une étrange balade qui ne veut pas mourir, s’enfuit et s’évade comme la douceur d’un zéphyr, à la fois étreinte et rebuffade qui hésite à choisir ; porter ou blesser ; encourager ou humilier.

Jouer de la lyre, ainsi qu’un rappel que le temps ne doit pas ternir mais emporter sur ses ailes les énergies à venir, celles qui insufflent et inspirent la beauté de nos désirs, la légèreté de nos soupirs, transcendés et décuplés pour nous aider à tenir, journée après journée.

Jouer de la lyre, ainsi qu’un héraut, qu’un nadir, qui pointe la direction et le chemin à venir, afin que personne ne s’égare et ne puisse souffrir d’une incartade, qui voilerait et pointerait dans la mauvaise orientation, le néant, la dissolution.

 

Ne surtout pas prétendre être celui qui a du talent à revendre, de la hardiesse, du génie, dans une posture de dieu, de déesse infinie ; le ridicule de cette geste-là ne perdurera pas, volera en éclat, dans un grand rire que personne n’écoutera

Ne surtout pas entendre, des révélations, des voix, quand tout ce qui doit surprendre et susciter l’émoi doit, par-dessus tout, venir de soi ; considérer que les muses sont incarnées et bien réelles et non pas éthérées ou provenant du ciel, à défaut de quoi, la petitesse du verbe, les rimes tomberont à plat.

Ne surtout pas vendre et attendre tout un matelas de pièces, d’or et de rubis, en remerciement par une largesse, une prodigalité entre amis, mais concevoir et accepter que ce que l’on a à dire sera parfois totalement incompris, non parce que le langage vernaculaire s’étalera au long de pages éphémères, mais bien parce que l’essence même de ce qui est déclamé se doit d’être absorbé, décortiqué, ingéré afin de le faire sien, de se l’approprier, pour une complète assimilation, plutôt qu’une médiocre discussion.

 

Ne pas faire que chanter, rêver ou bavasser, mais s’époumoner, hurler à se démantibuler, pour faire jaillir et extirper de ses tripes tout ce qui peut en exister, la violence et la beauté, le sens et l’inexpliqué, l’inconscience et le révélé.

Ne pas taire tout ce qu’il y a à diffuser, mais laisser briller la lumière qui doit rayonner, de ces transmissions et émotions, ainsi qu’à travers le verre peut se diffuser le son, cristal et vibration, en un monumentale fusion.

Ne pas se complaire dans la facilité, puisqu’il faut parfois oser, débrider et exploser le carcan de la banalité, en une ode à l’anormalité, en une méthode afin de déborder la routine, la superficialité, et offrir ce qui n’a jamais été inventé, comme la présentation d’un délire qui soudain a l’apparence de la vérité, puisque rien ne vaut de dire tout ce qui est caché.

 

Écrire, dessiner, graver tout ce qui transpire de notre peau, de nos pores, de nos extrémités, et prouver que transmuter du plomb en or est à la portée de tous et chacun pour peu qu’il ose essayer, sans limite, ni frein, juste pour tenter de faire jaillir de ses mains la beauté, et démontrer qu’il n’est besoin de rien que d’imaginer.

Chanter, fredonner et susurrer toutes ces rimes et ces quatrains qu’il nous plaît d’inventer, parce que c’est ainsi que l’on est fait, aussi vaste que l’infini, tel un astre béni, pourtant les deux pieds dans la glaise et le regard contrit, trop timide pour assumer toutes nos potentialités, trop occupé à tirer la bride à tout ce que nous pouvons explorer, l’espace et le vide, les traces et l’indicible qui n’a pas encore été visité.

Arpenter et visiter tous les lieux qui passent à notre portée, en un voyageur curieux de découvrir et d’échanger, avide de nouvelles expériences d’une remarquable altérité, comme retomber en enfance et tout devoir réingurgiter, à sentir la peau de son ventre se tendre, presque sur le point d’accoucher de tout ce que notre esprit ne veut pas entendre, mais que le corps ne cesse d’exprimer.

 

Considérer cette lyre alors, et se rendre compte qu’elle n’est là que comme un instrument qui facilitera le lâcher de toutes ces béquilles pour marcher, bien que nous sommes plus que capables d’affronter les anges ou le diable, sans arme, ni aile, par la simple grâce d’être immortels, invincibles et rebelles, lutteurs insatisfaits qui persistent à croire que nous devons tout prouver, tout arracher par le combat, la victoire, matin après matin, soir après soir, en une litanie sans fin, une persistance bizarre qui voudrait que nous soyons dignes de rien, à moins de l’avoir gagné dans une guerre de tranchées, non pas contre un ennemi lointain, mais celui qui nous fait face chaque matin, quand nous nous regardons dans la glace et que nous hésitons à tendre la main, à cet autre, à ce double, qui nous charme et qui nous trouble, notre ami, notre frère, notre étoile du berger, notre démon mortifère, que nous essayons tout le temps d’amadouer, ainsi qu’un chien enragé, ainsi qu’un mouton enlaîné, sans jamais vraiment savoir qui nous regarderons ensuite quand viendra le soir : un roi qu’on invite ou un pestiféré que l’on évite, encore et toujours hésitant devant ce Janus de l’amour, qui devrait reprendre et donner tour à tour tout ce qui est étalé, cette générosité, cette magnanimité, année après année, jour après jour, en dépit de l’évidence folle et de la tendresse qui caracole par les monts et les vallées, à simplement dire et abandonner tout ce qu’il y a à dispenser,

 

cette immense et universelle fraternité,

que nous sommes tous une étincelle d’un fabuleux brasier,

celui qui nous porte au ciel au devant de l’éternité.

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