Colibri

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un éclair vert et bleu qui file dans l’entre-deux, d’un sous-bois étincelant de la lumière du soleil levant.

Un drôle d’oiseau-mouche entre courant d’air et mousse, rapide et léger à la fois, qui laisse pantois.

Une fusée de plumes et de couleurs, qui file à cent à l’heure, sans bouger pourtant, immobile et survoltée.

 

Au coin d’une mare, dans les rayons du soir, un éclair vif argent vous observe tranquillement, ni pressé, ni stressé, de vous voir ainsi débouler dans son paradis parfait, de feuilles et de troncs, en un immense labyrinthe profond. Il vous considère, ainsi qu’un entomologiste devant un coléoptère, curieux, attentif et pensif, de votre apparition dans son champ de vision. Il se demande bien encore comment il va se sortir de cette situation, intrigué que vous ayez eu l’audace de rejoindre son refuge de buissons.

Il se trouvait en effet au calme, sans angoisse, ni drame, dans son recoin comme un charme, à piquer du nez sans fatigue aucune, dans sa mini lagune, à y embrocher le gardon et la sauterelle égarée pour son déjeuner. Il batifolait dans l’azur, slalomant entre les feuilles et les ramures, attentifs aux chants et aux bruissement de Dame Nature ; un coup d’ailes par ici, un piqué par là, juste de quoi ne pas prendre froid, sans se fatiguer plus que cela.

 

Et soudain, vous voilà.

Vous, l’Homme au milieu des bois, attifé ainsi qu’un guerrier, harnaché de la tête aux pieds, qui semble sortir d’une guerre de tranchées. Lui n’a qu’une parure légère, entre poids léger et courant d’air, à côté duquel vous ressemblez à un menhir qui essaierait de rebondir.

 

Il ne vous en veut pas d’être là ; après tout, le monde appartient à qui y va. Il s’interroge juste sur vos motivations, entre explorateur ou dragon, prêt à découvrir ou en découdre, entre la loupe et la foudre. Il serait presque surpris de toutes les interrogations que vous entraînerez chez lui. Jusqu’à présent, il ne se torturait pas un instant, bien trop occupé à profiter de la réalité, celle seule que lui connaît : vivre, aimer, manger, voler ; un programme auquel tous devraient s’atteler, pour enfin découvrir ce qu’est

La liberté.

 

Mais vous êtes devant lui, incrédule et ahuri, de découvrir un tel bijou au-dessus d’une mare pleine de boue,

 

Et vous n’avez toujours rien compris,

Ce dont il va se charger lui.

 

Le voilà en effet qui décolle, dans des loopings en corolles, qui virevolte et vous embobine dans des trames à la beauté divine. Il s’amuserait presque de votre air grotesque, à la fois bouche bée et pétrifié d’une telle rapidité. Il poursuit son ascension, quand soudain, il pique tel un avion vers le centre de ce miroir d’eau, où il disparaît dans une gerbe de cristaux, des éclats de bulles et de gouttelettes, en une véritable fête.

 

Et vous n’avez toujours pas saisi ce que tout ceci signifie.

 

Et il ressort alors, avec dans son bec un trésor, frétillant et luisant ; un poisson de bronze et d’argent, avec lequel il disparaît au creux de la forêt.

 

Il ne reste plus que vous, avec cette mare et ces remous, ce bruissement de végétaux et de vent, ce soleil brillant, et peut-être un début d’entendement, lorsque commence à s’épanouir

 

Ce sourire éclatant,

 

La simple et belle démonstration,

Que les miracles sont légions,

Pour peu que l’on ouvre les yeux,

Et que l’on réalise qu’ils sont partout

Ces oiseaux vert et bleu,

 

Le bonheur quand on veut.

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