Mytilidé

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Noire et bleue, accrochée à son rocher ;

Ouverte ou fermée, ballottée par l’immensité ;

Courbe ou tranchante, encore à hésiter, un drôle de coquillage qui est un peu paumé.

 

Elle ne se souvient plus d’où elle est née ; d’un combat de rue ou d’une maternité, de ce choix qui fait que l’on est frappé ou bien bercé par la vie et sa spontanéité. Elle se rappelle juste s’être retrouvée au cœur d’un tumulte que personne ne comprenait, une nursery ou une machine à laver, un berceau ou un cageot brisé.

Elle ressent encore le souffle de cet ouragan qui l’a emporté, au loin de ses parents ou de ceux qui le prétendaient. Elle avait beau essayer de crier, rien d’en bas, ni d’en haut ne répondait. Il ne restait qu’elle et ses questions insensées, puisqu’elle n’avait pas eu le temps de découvrir qui elle était.

Elle ne s’est pas plainte, elle n’osait jamais, même si elle débordait de craintes et de peurs inavouées. Elle se contentait d’un : « Oui, je vais bien, je vous le promets », à ceux qui la trouvaient éteinte et épuisée. Mais personne n’était dupe, personne ne la croyait car il n’est aucun être au monde qui peut se remettre de ne pas avoir été aimé.

 

Elle n’a pas cherché à comprendre, ni à pardonner. Elle prodiguait des offrandes pour amadouer cette violente envie de tout rendre et de tout abandonner, pour avoir une quête à laquelle se raccrocher, un : « Peut-être, qui sait ? Je vais y arriver. »

 

Il y a eu ce temps de course et de débris, où elle était propulsée de tous côtés, entre ennemis et amis, à ne plus savoir qui était qui, à ne plus vouloir qui que ce soit dans sa vie. Elle s’en est bien tirée, pour quelqu’un qui ne savait toujours pas le sens de sa destinée, entre médiocrité et excellence tour à tour alternée. Elle aurait pu sombrer, se désintégrer, mais il faut croire qu’une bonne étoile s’était penchée sur ce drôle de coquillage bancal et l’a pris en pitié, de la voir si triste et inconsolée.

 

Sont alors arrivés des moments de répit, entre respiration et liberté, où ce qui importe n’est plus la raison, mais de jubiler, à expérimenter toutes les tentations et les à-côtés d’une existence qui s’est affolée, à passer de louvoiement à trajectoire de fusée. Elle a failli y rester, la bestiole, à ne plus arriver à s’arrêter, à faire la cabriole avec tous ceux qui passaient, en cages aux folles et cabarets, à être à la fois l’idole et la dulcinée qui tous affole et fait les têtes se tourner. Des jours de joies et de liesse assumée, sans foi, ni loi parce que tout était autorisé.

 

Et puis une pause, un arrêt, car toute chose doit se ressourcer, prendre la pose et se retourner, afin d’essayer de tirer quelque chose de ces années écoulées, et enfin apprendre ce que l’on devenait, entre crapule pis que pendre et saint auréolé. Il n’est pas certain que les leçons aient été tirées de ces exultations grandioses et exaltées. Demeurent encore aujourd’hui des réminiscences, en sorte de psychose de ce qui a été traversé, en éclairs d’une étrange luminescence, comme des regrets.

 

Le chemin s’est poursuivi, lendemain après lendemain, jour après nuit. L’inattendu coquillage commençait à être vu, non pour son ramage, mais par ses mues, de pirate sauvage en sage à la barbe touffue. Encore des oscillations comme au début, entre raison drue et songes confus, en une sempiternelle balance gagné/perdu.

 

Et nous voici en ce jour, d’aboutissement de la mue, en un grand saut de l’ange vers l’inconnu, ce moment étrange où l’on est plus, pas encore vivant, pas encore mort, juste entr’aperçu. Rien n’est joué, rien n’est perdu ; tout peut arriver, pour peu que l’on se soit tu, juste assez pour traverser les rues, enjamber les ponts, décoller aux nues et montrer à la face du monde que tout ce que l’on a combattu, les démons qui nous rongent, ignobles et ventrus, ont enfin rendu les armes et sont bons au rebut.

 

Il y a un vaste silence, de ceux que l’on a jamais connus, vastes, intenses, immenses à perte de vue, dans lesquels on plonge comme dans une absence pour écouter et entendre ce en quoi l’on ne croyait plus ; des silences de glace et de vent, emplissant tout l’espace et tout le Temps, en un miroir à cent mille faces aux reflets d’argent qui abrite toutes nos traces et nos enfants.

Le silence comme une présence, à soi, à son entendement, où ne subsistent plus de menace, ni d’enfermement, juste la simple caresse qui s’efface comme par enchantement, lorsque paraît celui qui nous fait embrasser :

Notre firmament.

 

Il n’est plus nécessaire alors de chercher à ruser ou à plaire. Il importe à présent de se laisser aller, de laisser faire pour que soit accepté que nous sommes sur cette Terre, non pour nous perdre ou nous damner, mais pour briser ces chaînes de fer qui nous martyrisaient et se lever vers la Lumière,

 

Celle de notre vérité.

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