La voie ferrée

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un ruban de fer et de bois qui serpente vers là-bas.

Un chemin qui s’estompe et s’en va, sans mention d’arrêt.

Une route qui n’en est pas, hors du sol et comme un apprêt.

 

Ce sont des rails sans début, ni fin, juste la mention d’un chemin.

Ce sont des directions qui ne vont pas, en avant, sans écart, quel qu’il soit.

Ce sont des limitations, des « Tu n’iras pas ! » que marquent cette voie.

 

Il n’y a pas de train, de locomotive, de passager, sur cette voie qui ne peut être empruntée. Il n’y serpente que la nécessité, l’absence de volonté consentante, le besoin de ne pas dévier,

 

de sa trajectoire,

de son devoir,

de ce qui doit être fait.

 

Il ne s’agit pas d’une lubie d’un soir, mais d’une volonté obstinée, celle qui démontre la peur au ventre, l’angoisse de se fourvoyer.

 

Quiconque l’emprunte n’arrive plus à s’en détourner, en dépit d’effort ou de plainte ; il ne reste plus qu’à abdiquer, face à tant de contrainte, de manque de lucidité, de vouloir à tout prix être distinct, mais se retrouver emprisonné.

 

Elle n’est pas mortifère, elle est bien plus en réalité : l’incarnation de l’enfer insoupçonné, parce que simple, basique, facile d’accès, mais qui vous prend au gosier, du fait de son carcan invisible et de son impossibilité,

 

D’y déroger,

De s’en extirper,

Même si l’on se met à crier.

 

Elle ne paye pas de mine, au premier regard échangé : des lignes et des rails, une rassurante normalité,

 

Mais c’est précisément cela dont il s’agit,

De croire que la vie est à plat et dans une constante monotonie,

Alors que progresser est tout sauf un ennui.

 

Ces rails, cette voie,

Bien loin du champ de bataille que sont le bonheur et la joie.

 

Ces rails, cette voie,

La déprime, la peur qui imposent leur pas, dans les chaos, dans le doute de ne pas comprendre où conduit cette route.

 

Chacun est libre de la suivre, bien sûr, mais il ne faut pas s’y méprendre : ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de barrière, de mur, que ce trajet n’est pas pis que pendre. Au contraire, il est cauchemardesque, dans la monotonie, le manque de hardiesse, l’évidente incapacité à se réinventer, la persistante obstination à ne pas chercher de solution

 

À ses questions,

À ses interrogations,

À ses émotions,

 

Devant le monde qui vibre et qui tangue,

Devant ce besoin d’amour exsangue,

 

Devant ce patent besoin d’être pris en main,

 

Pour sortir enfin de ces rails,

Pour rejoindre le champ de bataille

Et se sentir vivant et ému,

 

D’être ainsi au cœur de l’inconnu, l’enchaînement de ces journées qui fait ce que l’on est ; l’incessante incertitude qui repousse la solitude ; le perpétuel mouvement qui nous fait devenir plus grand.

 

Alors il demeure un choix : les rails tout droit,

 

Ou la vie,

 

En faisant un pas,

 

De côté, juste pour s’en extirper, de cette routine effarante, de ce futur sur la mauvaise pente, de cette issue qui n’en est pas une, mais un aller simple pour l’infortune.

 

Et voir alors combien ce simple geste, ce saut un peu leste

A révolutionné notre journée et toutes les autres annoncées,

Loin de ce morne lendemain qui sombrait corps et biens.

 

Quitter, quitter cette voie ferrée,

pour enfin décider

de devenir ce que l’on est.

 

Sortir de ce train-train,

Pour embrasser son destin

 

Et se rendre compte

Combien l’on s’était perdu de vue,

En suivant ce chemin déjà connu.

 

Et se dire alors,

Non pas que l’on avait tort,

Mais tout bêtement peur,

 

D’aller vers son bonheur.

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