Saturne

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Rond et cerné, flottant dans l’immensité, une vaste masse beige argenté change le cours de l’Humanité. Elle n’a pas l’ambition de s’intéresser à ce petit peuple d’une galaxie éloignée ; elle n’en conçoit, ni n’en envisage l’intérêt. Elle a trop à faire de simplement maintenir sa puissance dans de si hautes sphères, loin de toute science et de tout mystère ; juste l’évidente balance de ce qu’il reste à faire.

 

Elle n’a jamais senti le besoin d’un contact ou d’un lien. Elle ne ressent, ni les arcs, ni les flux qui rayonnent de son orbe immense. Elle ne vit, ne pense que pour que son rayonnement s’expanse, lourd, profond ; dense, au-delà de toute raison. Elle se sait unique, magistrale, en une magnifique cathédrale dans le vide sidéral. Elle n’attend rien de cet Univers ; elle est à la fois seule, pleine et entière. Elle ne craint aucune malédiction, aucune géhenne. Elle est imperturbable et pérenne, hors toute superstition et rengaine qui ferait de son existence la base d’un amour ou d’une haine. Elle les absorbe tous les deux, d’une force, sans peine.

 

Elle tourne et se maintient. Elle sourde et exprime sans fin, la remarquable place qui est la sienne, éloignée, mais au centre ; abandonnée, mais omniprésente ; le rôle et la fonction d’un empereur et d’un château dont les frondaisons frôleraient tous les cœurs, comme une pulsation, comme un moteur qui recentre et qui rappelle qu’il n’y a pas de joie qui ne s’ancre dans un socle d’histoires anciennes, fondations et structures pérennes, qui usent le temps et les heures qui s’égrènent.

 

Elle se conçoit belle, elle se perçoit reine, d’un ramage qui défie le paysage, ce noir qui absorbe tous les visages, les visiteurs de passage, spectateurs sidérés de son impressionnante beauté, d’arceaux et de raies, de cristaux et de galets. Elle n’a pas à douter, elle n’a pas à chercher une compréhension ou une émotion ; elle impose ses conditions, implacables, non négociables, en une oraison véritable, que l’on accepte ou que l’on conteste, mais contre laquelle toutes les rebellions connaîtront une issue funeste, tant il est absurde de vouloir lutter avec un cure-dent contre la peste ou vouloir arrêter l’océan avec une ceinture de débris et de restes.

 

On ne lutte pas contre la Nature de ce qui nous obsède, désirs mûrs ou rêves diverses, quand le flot de ces informations et de ces convictions ne laisse aucune chance de se délester de ce qui plombe comme un lest. On ne transige pas avec ces vérités qui régissent le présent, le futur et le passé, dans une trame dense, dure, qui ne peut en aucun cas se plier aux fantasmes ou desiderata de ces âmes par milliers.

On s’incline et on laisse passer cette lumière divine qui peut tout balayer, sur un souffle, sur une esbroufe, par la simple existence de sa volonté, sans équivalence, exacerbée.

On admire le pouvoir de ce qui peut, de ce qui va devenir, de ces possibles qui vont s’ouvrir sans fin, sans lien, par l’envie ou le besoin de grandir et de s’affirmer loin des petitesses et du mesquin, loin de la mollesse et de serments sans lendemain.

On révère ce miroir, de ce qui est caché, à l’envers, et qui s’affiche enfin dans toute sa majesté, en pleine lumière, sans doute ni ambiguïté ; et l’on tâche de se montrer à la hauteur de l’ambition qui est posée, dans le cœur et non plus dans la médiocrité, comme une fleur qui se transformerait en un réacteur propulsant toute sa poussée pour arracher son pilote à la gravité, et l’emmener au loin vers ces étoiles inhabitées, pour y créer un nouveau monde, à inventer.

 

Il n’y a pas de miracle, il n’y a pas d’oracles, pas de secrets révélés ; l’unique rappel de ce qui est et a été, afin qu’il renaisse et soit assumé, dans la liesse d’un prisonnier à qui l’on aurait enlevé ses boulets et se jetterait contre les murs de la pièce faute de pouvoir encore maîtriser la facilité et la légèreté de cette liberté retrouvée.

 

Et Saturne tournoie, offre sa présence comme celle d’un roi, devant la foule en pleine exubérance qui ne comprend même pas ce qu’elle voit, devant un soleil phénoménale et froid, ainsi que la flèche d’une cathédrale qui jaillirait d’un toit de chaume et de paille jusqu’à toucher Cassiopée et ses entrailles sans même y penser.

 

Et Saturne fige et impose son rythme, ses urgence ou ses litiges, comme devant se trouver au centre de toute ce qui bouge et s’agite, comme un papillon derrière une vitre qui essaierait d’échapper au typhon qui vrille ses élytres, incapable, sidéré d’envisager combien il est minuscule face à une telle puissance déchaînée, au-delà du saint et de l’occulte, dans un dessein qui n’a ni début, ni culte mais emporte toute ce qui le contrarie ou qui lutte contre ce qu’il apporte et qu’il charrie dans un incessant tumulte.

 

Et Saturne tourne, tourne et redevient à chaque vie qu’il bouscule ou impulse la manière qu’il y a d’avancer vers un but, qui est celui d’exister en dépit de ce corps inculte que nous impose cette société faite de brigands et de brutes qui n’entendent rien de la justice et font de palais de simples huttes pour primates hirsutes juste bons à manger et à être en rut à chaque moment de leur ridicule vie dont le tumulte fait moins de bruit qu’une herbe sur une butte, perdue dans des montagnes dont les sommets titillent les nuages en volutes.

 

Et Saturne se lasse parfois de ne pas être perçu ainsi que celui qui dissipe le brouillard et qui éclaircit le bizarre et l’incompris par l’intolérable transparence de la nature véritable des évidences qui balayent toutes les fables peuplant les primitives croyances, au lieu d’une remarquable clairvoyance dissipant les misérables pestilences qui assaillent l’espoir et l’innocence, les privant du bonheur et de la chance de grandir et de faire battre le cœur d’une joie intense.

 

Et Saturne de se bercer de l’espoir certain et puissant que chacun a droit à son destin pour peu qu’il empoigne à pleines mains la réalité de ce qu’il tient, chardons ou orties, pâtisseries ou fruits, chants ou cris, mais que soit assumé ce qui est donné, sans plus de renoncement ou de larmes versées, car il ne sert à rien d’avancer la tête retournée vers le passé, de regretter ce qui ne nous sera jamais donné, au lieu de fixer droit devant ces rayons vifs et ardents qui offrent le privilège de la transparence et de l’éclaircissement sur toutes ces questions qui tambourinaient au sein d’une danse dans le creux de nos pensées.

 

Et Saturne de croire qu’un jour prochain, les peurs et les espoirs ne seront qu’un ; qu’il n’y aura plus de nuit ou de matin, d’obscurité ou de lumière en grains, mais l’unicité de ce qui nous tient et nous permet d’exister pour devenir ce que l’on n’aurait jamais osé :

 

des nébuleuses à sa portée, à sa hauteur, dignes d’être présentées au Créateur de ces merveilles de beauté ; nos amies, nos sœurs,

 

nos âmes libérées.

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