Rupture

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Il n’y a rien qui soit évident, qui ne soit simple s’agissant des sentiments, des étreintes, du mari, de l’amant, de la jouissance, de la plainte, de l’emportement ; tout est en demi-teinte, ou au contraire, brûlant.

Il n’y a rien qui ne puisse être dit, de définitif, de contrit, quand il s’agit d’exprimer ce qui nous unit ou nous déchire, le jour, la nuit, entre répulsion et désir, entre sagesse et folie.

Il n’y a rien que ne puisse être transmis, qui n’ait déjà été expérimenté ou trahi, dans un élan de rationalité ou de folie, dans une transe insensée ou dans un puissant déni.

 

Être au monde n’est pas le plus simple en soi. Naître, grandir, cela va de soi, mais cela ne signifie pas comprendre ce que l’on doit être et quelle est la voie.

Entrer dans la ronde n’est pas compliqué parfois. En sortir pour suivre ses désirs, en être expulsé pour avoir osé, voilà qui est autrement plus culotté, dur à vivre et à expliquer.

 

La réponse à l’amour et à ses détours ne se résume pas à un « oui » ou un « non », dépasse toute compréhension, annihile toute réflexion car aucun sentiment, aucune larme ne peut être réduite à un sort ou un charme, un trésor ou un drame.

La réponse à ces questions où le couple est au bord de l’implosion, où la coupe déborde de fiel en fusion ne signifie pas que l’on tient la conclusion, d’une histoire ou d’une évolution, elle n’est que le début de la solution qui nous appartient, au fond.

 

Avancer à deux est périlleux, la source d’un nombre incalculable d’enjeux, la course pour être obstinément heureux, le pari de gagner pour lui, pour elle, pour eux, pour se promettre un bonheur éternel sous d’autres cieux, que celui où les étoiles étincelles parce que l’on en attend toujours mieux, toujours plus grand, toujours plus aventureux, plus excitant, plus mystérieux, plus séduisant, plus ténébreux.

Avancer seul est se confronter à ses peurs, à ses idoles, à ses paraboles sur le chemin et le destin, tandis que l’on cherche à qui prendre la main, que l’on espère mener grand train, plus que le voisin, plus que demain, plus, plus chaque matin.

 

Prétendre que c’est le bon moment, trancher sans attendre les liens des sentiments, le doux frémissement qui nous lit quand on se réveille au cœur de la nuit et que l’on voit à son côté, un homme, une femme, l’être aimé.

Prétendre qu’il ne faut pas attendre, que l’urgence est de crier vengeance car il/elle nous a limité, nous empêche de progresser, nous freine dans nos possibilités est prétentieux, gonflé, comme si un oiseau prétendait dompter une tempête déchaînée.

 

Tenter de résoudre un nœud dans un lien en le transformant en poudre revient à prendre du grain et le moudre afin de le changer en or, tel un magicien qui utiliserait la foudre pour allumer sa pipe avant qu’il ne s’endorme bien vite.

Essayer de saisir le mystère de la passion est aussi sincère que de résoudre l’équation qui démonterait l’existence de l’enfer ; impossible, risible, erreur grossière.

 

Il n’y a pas de miracle possible s’il ne jaillit de l’essentiel, de ce bouillonnement d’étincelles qui pulse en notre milieu, ce splendide arc-en-ciel qui nous fait palpiter ainsi que des dieux, dans l’univers, dans le ciel, dans une tour en verre ou dans une poubelle,

 

parce que nous avons toute l’énergie, toute la puissance pour être heureux,

que ce soit seul dans une danse ou perdu dans une foule d’inconnus ténébreux.

 

La réponse n’est pas la solution, dans un couple, elle n’est pas l’absolution, la révélation qui déroute et brise nos convictions. Elle n’est que l’indice que nous avons encore beaucoup, beaucoup de discussions, d’échanges et de caresses pour trouver la direction, celle qui n’est, ni de la faiblesse, ni de l’abdication, mais la seule, l’unique évolution,

 

ainsi que l’on traverse un bassin pour une résurrection,

celle qui nous laissera la joie non feinte de la permission

d’aller de l’avant parce qu’il est temps, que c’est le bon moment, le juste présent, que la douleur si elle survient n’est qu’une lueur qui ne durera point, n’est qu’un hiatus qui s’éloignera dans le lointain, ainsi qu’un bus qui démarre enfin et nous conduit vers un nouveau chemin.

 

Alors décider pour soi, et non contre l’autre qui n’a de tort que d’être là.

Alors accepter ce que l’on perçoit comme l’écho de notre propre voix.

Alors emprunter la voie qui se déroule devant soi.

 

Et assumer son choix, sans excuse, sans « pourquoi », mais du fait que cela use de se mentir, ne serait-ce qu’une fois, tandis que le temps ne cesse de s’enfuir et nous file entre les doigts.

 

Être entier, être éveillé, pour ne plus subir le prétexte de la fatalité.

Être droit, être un pilier, pour asseoir ce que l’on attendait,

 

une libération, un élan de la puissance d’une éruption, quand la vérité a éclaté, que les heures sont passées, que le bonheur est à attraper, sans alibi, sans leurre, pour soi et sa destinée.

 

Et pouvoir enfin recommencer à aimer.

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