Des ailes

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Des ailes, de plumes et de vent, déployées comme un paravent.

Des ailes, vastes, structurées, emplissant tout l’espace ainsi qu’un duvet.

Des ailes, prêtes à s’envoler,

 

Sauf qu’il leur manque un pilote pour les diriger.

 

Ses ailes sont somptueuses, fortes et battant avec une puissante volonté. Elles peuvent aller là où le vent les porte, sans aucune difficulté. Elles sont prêtes à enfoncer toutes les portes, tout ce qui pourrait les arrêter,

 

Sauf que personne ne leur dit comment commencer.

 

Ses ailes sont invincibles, capables de tracer un itinéraire, viser une cible, slalomer, foncer ; grimper, sillonner toutes les contrées qui restent à explorer ; se rendre invisibles ou au contraire, tonitruer,

 

Sauf qu’elles ne savent pas quoi exprimer.

 

Ces ailes sont superbes, taillées dans un dessin de chant et de verbe, et se réinventent sans fin. Elles inspirent le respect, la révérence, ainsi que devant un tableau peint qui exprimerait la profondeur de l’univers immense,

 

Sauf qu’elles n’ont pas de direction, pas de sens, pas de fonction.

 

Ces ailes sont tous les possibles, tous les chemins, tous les rêves, tous les lendemains. Elles sont capables de se réinventer chaque matin, d’une manière sidérante, fascinante, impressionnante,

 

Sauf qu’il n’y a rien qu’elles ne ressentent,

Qui ne les poussent à ce que cesse ce déni,

 

cette frousse qui les laisse anéanties, ces peurs comme une antilope dans la brousse qui sait qu’elle est cernée par une meute ennemie.

 

Elles n’en peuvent plus de n’être que prêtes, jolies, ainsi qu’une mariée que l’on apprête et qui n’a rien appris de son futur mari ; dans la sensation de n’avoir qu’un rôle, qu’une fonction et de ne pouvoir ni rire, ni jouer, d’être presque paralysées, par des fantasmagories qui n’ont pas lieu d’exister et qui pourtant les engluent en une buée charnue, telle une mauvaise glu qui ne fait que limiter, à courte vue.

 

Ces ailes battent, vibrent, s’évadent, oublient, rayonnent, resplendissent, apprennent, sourient, reviennent, choisissent, s’assoupissent, s’entraînent, rebondissent, s’élèvent, rougissent, s’enthousiasment, pleurent,

 

Vivent,

Mille délices,

Mille peurs,

 

Mais elles osent le bonheur, sans fard, sans honte,

 

Parce que l’existence est une danse, une ronde de jouissance, de faconde, de bienséance et d’humeurs vagabondes, en une aspiration intense à découvrir que la Terre est ronde, belle, et accueillante de tant de façons qu’il serait dément de ne pas empoigner son invitation à la sillonner et dépasser l’horizon, infini, illimité et fanfaron, de toute beauté, du matin rosé au soir doré.

 

Ces ailes ne cherchent plus leur pilote, leur cavalier. Elles savent très bien qu’une petite tête de linotte est encore à les considérer, dubitative, apeurée et rétive à se les approprier, ainsi qu’une source vive à laquelle l’on hésite à s’abreuver. Elles observent cet étrange spécimen qui s’approche à pas feutrés, puis recule en courant, ainsi qu’une bobine de laine qui s’effilocherait, perdant du même coup toute crédibilité. Elles ne peuvent s’empêcher de ressentir de la peine devant une telle absurdité ; de n’avoir aucune chaîne et de jouer au prisonnier, qui devrait supporter toute la vaine réalité d’une prison qu’il a lui même édifiée.

 

Elles ne comprennent pas une seconde, pas un instant comment l’on peut hésiter à embrasser le moment présent, sous un prétexte…. qui n’est même pas existant, juste une chimère qui ferait semblant d’effrayer toute lumière alors qu’elle n’est que néant.

Elles commencent à se lasser de ne pas pouvoir vivre ce qu’elles sont prêtes à proposer : la joie, la fête, la gaieté ; et au lieu de cela, elles restent à contempler l’annonce d’un désastre si rien ne persiste à bouger.

 

Alors elles disent leur vérité en face, parce qu’il est temps de les écouter :

 

« Qu’être ainsi figé dans la glace de la médiocrité est indigne de toute humanité.

 

Que vivre, c’est vaincre ses peurs et les dépasser, pour ne garder que le plaisir et des souvenirs enjoués.

 

Qu’il n’y a pas de seconde chance qui sera donnée à celui ou celle qui se confond en apartés, en chemins de traverse, alors que la route est toute tracée.

 

Que le jour est venu de se libérer du joug de la banalité et d’oser tous les possibles, les plus fous, les invincibles, pour être enfin à soi, un repère, un phare au cœur de l’invisible.

 

Et que c’est maintenant que le compte à rebours est lancé. »

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