Sexy

Laurent Hellot – 2019 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Les doutes et les questions qui vrillent l’esprit.

Le sentiment que l’on se trompe de route et que l’avenir est peint en gris.

L’angoisse d’être en déroute et bien loin du sentiment d’être en vie.

 

Et puis ?

 

Encore des interrogations et des :  « Mais si… ? »

Encore des supputations et des : « Comment… Qui… ? »

Encore des génuflexions devant de purs esprits…

 

La réflexion, la philosophie ; la cogitation, la tête pleine de fourbis ; et aucune conscience que toute la science et la sagesse réunies ne seront d’aucune utilité lorsque se fait sentir le besoin d’être câlinée.

Les calculs, les projections ; les opuscules et les rééditions ; et un détail qui va tout changer, face auquel tous les sages du monde ne peuvent qu’acquiescer : quand ça démange, il faut gratter.

Les planifications, les réservations ; les anticipations, les assurances annulations ; et la prétention phénoménale de prétendre que l’on n’est plus corps, ni animale, avec une seule conséquence impériale : la nécessité d’une jouissance maximale.

 

La persistance à vouloir tout contrôler, l’apanage des phénomènes dont les capacités sont démultipliées ; par la patience et la vérité, voilà qu’ils décident que leur vie ne sera que rectitude et linéarité, équilibre parfait et polarité alignée ; idéal fixé et moralité indiscutée ; autant de puissance et de talents complètement dévoyés…

Le sentiment de prescience, la conviction que la perfection est dans le silence ; la méditation comme l’essence d’un engin à combustion dont l’unique objet, la seule fonction serait d’accomplir un trajet balisé à travers toute une civilisation ; autant dire que l’accident surviendra dans les prochains kilomètres, dans ce virage en bas, parce que l’on a oublié un truc tout bête : le verglas !

L’obstination à dépasser ses pulsions, la victoire quand plus rien ne bouge, pas un cil, pas une vibration ; la zénitude à tout prix, y compris retenir ses cris, de douleur ou de plaisir, parce que l’on ne saurait grandir sans souffrir ; autant d’absurdité et de contrariétés quand le plus simple est de laisser aller.

 

Ah, ces mirifiques raisonnements ! Je suis une âme pure et ma force dépasse l’entendement. J’ai la tête dure et je ne reproduirai pas ce qu’ont fait mes parents. Je serai ci et pas ça, j’irai par ici et pas par-là. Comme si l’alpha voulait rencontrer l’oméga…

Ah, ces sentences, ces serments ! Je promets d’agir en conscience et de rester droit. Je suis le gardien de l’avenir et de mes émois. Je ne m’autoriserai jamais à défaillir parce ce n’est pas moi. Comme si un arbre voulait pousser la tête en bas…

Ah, ces connivences et ces entre-soi ! Je jure fidélité et allégeance à vous tous ici-bas ! Je vous promets que je serai votre dernière ligne de défense si tout le monde s’en va ! Je suis au haut de cette tour à fixer l’horizon qui poudroie. Comme si l’on pouvait vivre à travers les autres sans se perdre soi…

 

Et puis il y a cette évidence, cette douceur qui résonne quand l’atmosphère se fait effervescence, cet instant où la lumière du soir nous invite à nous lover dans le noir, au creux d’un corps qui nous offre ce réconfort, ce miracle qui balaye tous les doutes, ce plaisir qui met les peurs en déroute.

Et puis il y a ce matin où, dans le miroir apparaît un visage mutin ; une touche de gloss, un rouge carmin et un soudain déhanchement des reins, avec l’envie d’être la créature d’une aventure sans lendemain.

Et puis il y a cette chaleur intense, cette insoutenable onde de jouissance qui semble nous faire basculer dans la démence, où il n’est plus question de futur, ni de projet, mais bien que cet instant dure une éternité.

 

Vouloir n’être que ce totem, ce symbole vers qui tous les regards se tournent quand s’annonce la géhenne, ce refuge ultime qui évitera la ruine, sauvera l’espèce humaine, cette flamme éternelle qui brûlera dans les ténèbres en un fanal irrésistible et phénomène. Et puis si l’on acceptait pour une fois de ne prendre soin que de soi ?

Rêver d’une armure indestructible, qui vaudra tous les Corans, toutes les Bibles, dont le rayonnement sera l’exemple que l’on suivra jusqu’à la fin des temps, dont la valeur transcendera tous les labeurs, dont la force sidérante sera un haut-parleur à même de sauver tous les damnés. Et puis si l’on laissait chacun se dépatouiller avec ses fantômes cachés ?

Assurer que notre rôle et notre mission sont de défendre la Patrie, la Nation ; que rien, ni personne ne fera tomber le trône où nous sommes, car il ne saurait être question d’abdication contre l’insurrection et l’insubordination.. Et puis, tiens, si l’on regardait cette révolution de loin, saine, irrésistible, gage d’une résurrection indicible ?

 

Alors il est temps de s’écouter soi, de ne plus vouloir tout et son contraire à la fois, de reconnaître que nos besoins sont simples et précis : une caresse et un baiser réunis.

Alors il est nécessaire de cesser de se prendre pour la meilleure, la première et d’au moins une fois reconnaître que l’on est comme tout un chacun, lambda, avec un besoin primaire : que l’on prenne soin de soi.

Alors il est vital d’arrêter de se prendre pour un baudet ou un cheval de course, à vouloir à la fois sauter les obstacles avec un barda dément, tout en combattant un démon hurlant et, au lieu de galoper à tout bout de champ, de s’écrouler dans l’herbe verte et les fleurs dorées à écouter le bruit du vent.

 

Prendre le premier chemin de traverse, laisser tomber le chapeau, la veste, envoyer valdinguer la robe et les souliers, oublier où l’on a posé son porte-monnaie, cesser de marcher en se retenant de respirer, finalement se mettre à courir à cloche pied et basculer sur une dune au sable surchauffé, pour contempler le ciel jusqu’à ce que le la Lune vienne à se lever.

Ne pas prévoir ce que sera sa journée, débrancher le téléphone et la télé, fermer sa porte à clé, décider de ne pas s’habiller et se vautrer sur le canapé en petite culotte à pois colorés, en contemplant le plafond et ses toiles d’araignées, car, tiens, le ménage ne sera pas non plus la priorité.

Parler au premier pékin qui passe, lui raconter des blagues salaces, rire de sa sidération et poursuivre en dépit de son visage qui vire au rouge de confusion, pour partir ensuite comme une fusée se commander au glacier d’à-côté une glace à trois cornets, avec chantilly et amandes, sans oublier le caramel au beurre salé.

 

Accepter le déraisonnable, forcer l’inimaginable, exiger de l’improbable.

 

N’être plus cette vestale, cette femme admirable, mais au contraire cette gourgandine qui ne sait pas même pas faire la cuisine, parce que, tiens, pardi, ce sera nettement plus drôle d’avoir un amant qu’un mari !

N’être plus cette figure virginale, cette icône cathédrale, mais au contraire cette femme fatale, caricature du bien et du mal, parce, ça alors, s’amuser fait sauter toutes les serrures du coffre-fort au sein duquel on avait cadenassé son corps !

N’être plus cette gravure de mode, ce mannequin en robe, mais au contraire une fille de ferme, les pieds dans des bottes et les yeux avec des cernes, parce que, pétard, qu’est-ce que l’on se fait comme souvenirs à se rouler dans la paille, avec des rires en mitraille !

 

Et si l’urgence n’était pas de réfléchir à l’Univers, mais de rire et de faire ?

Et si l’on décidait pour une fois que l’on trace sa route avec ses pieds et non pas perdu dans ses pensées ?

Et si l’on tolérait au moins un peu que la vie puisse être aussi un jeu, une devinette perpétuelle dont la réponse se perd dans le ciel ?

 

Être soi, non pas pour l’espérer, mais pour l’incarner.

Être au présent, non pour fuir, mais pour vivre l’instant.

Être ici et maintenant,

 

Vivante, vibrante et sexy,

Parce que prendre soin de soi est ce qui nous réussit,

Priorité saine qui soulage nos peines,

Adoucit nos angoisses et balaye les menaces malsaines,

 

En un rappel salutaire que le plaisir est aussi autorisé sur cette Terre.

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