La tresse

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Une tresse blanche et virginale, aux multiples entrecroisements, qui montre et bâtit la direction.

Une tresse issue d’un sac de nœuds et de contorsions, qui n’a d’autre objectif que de rétablir l’équilibre et la juste condition pour vivre libre.

Une tresse, commencée cette année, qui va durer, durer, durer…

 

Filament d’espoir ou de quête, ruban pour sortir du noir et ouvrir une fenêtre, cette tresse monte et vise le firmament pour être, le guide qui va de l’avant, la bride qui ne retient plus aucun élan, la force qui donne l’énergie et l’allant. Elle ne vise pas l’infini ou le néant, juste la nécessaire évasion pour s’extirper de sa condition, l’utile et brève impulsion, la vitale évasion.

 

Elle pousse sans arrêt, elle ne cesse pas de croître comme si jamais elle n’allait s’arrêter ; se développer ou mourir, ainsi qu’un rappel de ce qui peut survenir si l’on n’y prend pas garde, si l’on laisse les événements nous submerger jusqu’à la garde, si l’on accepte de plonger en un mouvement rétrograde, avec un boulet au pied.

Elle, elle tire, elle draine, elle assèche désespoir et peine, elle donne de la vie là où ne subsistaient plus que des cris ; elle régénère, elle libère, elle oblige à ne plus regarder en arrière, dans un souffle de lumière.

 

Elle ne se nourrit que d’espoir, d’une lueur dans le noir, de rires et de chants, d’amour et de cœurs vibrants, sans volonté de retour, ni de rétribution ; seule l’entière satisfaction d’avoir fait une bonne action.

Elle tournevire comme si elle connaissait l’avenir, les risques à dépasser, les dangers à éviter, les trous à enjamber. Elle n’hésite, ni ne tergiverse, dans la peur ou dans la liesse, sûre de son chemin et de son fait, sur une route qu’elle semble déjà avoir arpentée.

 

Elle n’a nul besoin de métier à tisser, ses nœuds, ses entrelacs, elle se les est appropriés, fière et bravache de les arborer, blancs ou couverts de tâches, qu’elle ne cherche pas à cacher. Elle sait de quoi elle est constituée, fils de soie ou filaments argentés, brins d’herbes ou brins d’acier, ni en exergue, ni dissimulés, justes et équilibrés, de quoi lui donner force et fluidité, souplesse ou rigidité, selon ses quatre volontés. Elle n’a besoin que de se rappeler qui elle est, pour à chaque instant se réinventer, en nuage blanc ou en rayon de soleil d’été, selon que son envie est dans l’instant ou à créer. Elle n’aspire ni à une idolâtrie, ni à devenir une fourmi. Elle ne veut qu’être ce qu’elle est, ni courageuse, ni pleutre, indifférente aux cris d’orfraie, pleinement consciente de son attrait et des sensations ambivalentes qu’elle pourrait générer, entre émotion intense et joie démente, ou peur ignorante et haine préfabriquée, ainsi que le vive tout ceux qui jugent plus importante leur conviction et leurs choix que d’attendre une autorisation condescendante ou un porte-voix.

 

Elle ne reprend jamais la même voie que déjà empruntée. Elle ose ne pas se retourner quand l’ambiance devient morose et que personne n’a de cœur à chanter. Elle assume de continuer à avancer, envers et contre tous ceux qui voudraient l’en empêcher, couards et pleutres qui ne peuvent pas l’arrêter, dans sa quête d’un monde enchanté. Elle ne se rêve pas la réalité. Elle concrétise ce qu’elle a toujours souhaité, une générosité ou une bêtise, qu’elle ne voudra pas renier, assumant sa direction à sa guise, sans se déjuger, parce qu’il ne sert plus à rien de craindre la bise quand l’hiver est terminé.

 

Elle éclabousse de son aura tout ce qui la touche, tant elle a à offrir et donner, improbables prodigalités qu’elle s’incline à partager, sans rétribution demandée, parce que le lien est ainsi tissé, de ces millions de fibres partagées qui nous relient par-delà les années, invisible armure et filet qui nous garde et nous évite de tomber. Elle ne peut que poursuivre sa route de cette manière et sans arrêt, avec la soif d’aller à la rencontre de tout ce qu’elle croiserait, inconnus ou familiers, parents ou éloignés, ceux qui ont besoin de son expérience et de son lien, cette chance de devenir quelqu’un, cette évidence de ne faire qu’un.

 

Elle se nourrit et se construit de tous ces messages infinis, sage ou de rage, ennemi ou ami, ceux qui marquent de leur empreinte leurs usages pour en sortir grandis. Elle ne s’accapare pas ces images, ces voix, ces mots transmis. Elle s’en renforce et s’en glorifie, comme l’écorce d’un arbre infini, qui déploie et se ramifie.

 

Elle est toi, elle est moi ; elle est nous tous réunis, quand nous comprendrons que nous portons en nous une part ce canevas, plus qu’une morceau de tapisserie, mais bien notre trace dans l’espace qui nous relie, en une fresque vivace qui s’appelle la Vie.

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