Neige et roc

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Sommet et glace tout en beauté,

Vierges de toute trace et de toute impureté,

Dressés face au monde et à l’espace comme un mausolée.

 

La nuit est belle et étoilée. L’univers étincelle de toute sa générosité. Il ne subsiste que la vie éternelle et son cortège de liberté. Le souffle du vent se fait léger, la musique et les chants commencent à s’élever. Il ne demeure que la joie du présent et sa légèreté, l’évidence de l’instant et sa pureté.

 

La montagne est là, immuable et incomparée, forteresse véritable face à l’adversité, capable de renvoyer tous les diables aux Enfers d’où ils ont pustulé, et les clouer dans le fer de la justice révélée, sans même un effort ou une nécessité, puissance incontrôlable qui ne peut pas échouer, dans ce face à face avec l’innommable et le réprouvé, ange gardien véritable et incontesté.

Elle luit sans arrêt, nuit et journée, en un phare évident et impossible à ignorer, guidant les fantômes errants et les âmes égarées. Elle rappelle qui elle est à cette foule épuisée, dans une maternelle réassurance face aux cauchemars éveillés, capable de montrer douceur et violence selon ce qui lui est demandé, par un message ou une guidance qu’elle s’autorise à diffuser.

Elle ne cherche pas la reconnaissance ou la célébrité, juste la simplicité et la confiance qu’elle peut partager, par les repères ou les indices qu’elle persiste à semer, pour les justes et les indignes, dans une parfaite égalité, afin qu’à chacun soit offert le signe qui l’aidera à avancer.

 

Ce sommet infranchissable impose ses choix et ses rêves éveillés, d’une tonitruante et sidérante voix que personne ne peut surpasser. Il ne s’exprime que pour le bien de la multitude à ses pieds, pour lui montrer le chemin et les écueils à éviter, dans une généreuse et prodigue communication qui est propagée, dans un brassage de sons et de notes mêlés. Il déploie et accueille tout ce qui lui est transmuté, du sol au ciel mélangés, dans une unité sans pareille et une union rêvée, où le Bien et le Mal n’auraient jamais existé, inatteignable Graal qui pourrait tout absorber, par la fusion magistrale de toutes les énergies de la réalité. Il ferait alors comme un fanal qui éblouirait l’éternité, balayant les doutes et les recoins cachés, mettant en déroute toutes les médiocrités, ne laissant sur la route que des cadavres desséchés ceux de l’interminable goutte-à-goutte auquel venaient s’abreuver les nécessiteux et souffreteux en banqueroute, dont la seule obsession était de gagner toujours plus, toujours à grappiller, coûte que coûte et sans arrêt.

 

Ce roc, cette glace ; cette neige, ces galets, ainsi qu’un sublime palace fantasmé et pourtant on ne peut plus réel, on ne peut plus incarné, de la trempe des sortilèges qui se seraient figés, offrant l’inestimable privilège de la grâce esquissée, ainsi qu’un souffle sur une glace avant de se dissiper, eau, air et inspiration fugace qui permettent de rêver aux enseignements et aux traces que l’on devrait laisser pour la multitude et face au temps qui passe, afin d’éduquer chacun au cœur de l’espace où il a choisi de s’exprimer, par un ballet de danses et de passes que nul ne pourrait inventer.

 

Ce géant incroyable qui défie les spectres et les monstres enfouis dans nos cœurs, dans nos têtes et ravagent nos nuits, les emplissant d’effroi et de cris, sans répit, envers et contre toute foi, dans une guerre du jour contre la nuit, de la lumière contre le gouffre infini, de l’esprit contre la matière pourrie, indigne de tout ce qu’elle pourrait faire naître et croître comme fruit, surgissant de l’éther en un cadeau promis.

 

Ce référent inégalable qui n’a cependant même pas besoin de faire un seul mouvement, tant l’évidence de sa légitimité, l’intensité de sa force affichée, l’incroyable résistance de sa solidité ne laissent place à aucune prise, aucune aspérité qui donnerait la moindre chance à l’inconscient qui viendrait l’affronter, en un combat d’un insignifiant lombric contre un monument révéré.

 

Il n’y a rien à faire que de contempler cette montagne et la remercier d’être ainsi sur cette Terre et de nous protéger, sans imposer la moindre contrepartie mortifère, le plus petit signe de servilité ; juste exprimer la gratitude de mélanger eau et pierre pour une forme parfaite, toute en géométrie et fluidité.

Il y a parfois cette nuée d’oiseaux qui vient la chatouiller, en un jeu simple et beau, de la Nature enjouée, qui distille ce qu’elle a de plus évident, de plus parfait, sans accroc, ni accident qui viendrait déranger cet idéal ordonnancement du mouvement et de l’immobilité, le souffle et le silence se mêlant dans un ballet à l’effervescence équilibrée. L’on pourrait presque alors voir sourire ce puits de science sous la caresse de ce présent qui l’a frôlé, signe que l’essence et la conscience se sont retrouvées.

 

Considérer alors que le vide n’est pas l’absence, mais le début de la vérité.

Admettre que l’on est prisonnier de ses sens et que seules doivent nous guider les idées.

Reconnaître que le monde est chaque jour une naissance et que l’on se doit d’accueillir avec allégresse ce nouveau-né, tout en douceur et caresse, parce qu’il nous offre le chance de grandir et accomplir notre destinée.

 

Et se dire que le Mystère est levé,

 

Passé, présent, avenir mélangés

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