Supersonic

Laurent Hellot – 2018 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Comme une flèche acérée,

Avec la traînée d’une fusée,

À pleine puissance et sans arrêt,

 

Une comète file de planète en planète.

 

Elle est de vif et d’argent ; elle ne connaît ni l’espace, ni le temps. Elle ne s’inquiète pas de ne pas laisser de trace, tant est intense son besoin de se sentir vivant. Aussi rebondit-elle, dans des gerbes de chaleur et d’étincelles, décapant tout ce qui passe près d’elle, éblouissant quiconque tente de lui brider les ailes.

 

Elle a pour seul et unique objectif de dépasser ses limites, de trancher dans le vif, épuisant le premier qui l’imite, accélérant sur un rythme frénétique, sillonnant de plus en plus vite, semant tous ses poursuivants qui s’écrasent tels des moustiques sur la vitre du pare-brise d’un bolide fantastique, sans pause, sans repos, dans une course systématique.

 

Elle brille au firmament, étoile d’un genre percutant que l’on peine à suivre à la jumelle ou au levant, tant elle bouge d’instant en instant, tantôt bleu, tantôt rouge, mais jamais entre les deux, ainsi qu’un mirage qui bouge, n’offrant à nos pauvres yeux que le flou d’un passage avant de se dissoudre à travers les nuages.

 

Elle ne s’interroge pas sur cette propension à toujours hâter le pas. Elle ne tergiverse, ni ne se pose de questions, ce qui serait sans objet de toute façon, à la vitesse à laquelle elle file à tout va, largement au-delà du son, apparition gracile et en fusion. Elle n’a pas l’heur, ni l’envie d’entrer dans ces circonvolutions infinies, tous ces « non » ou ces « oui », toutes ces hésitations qui ont un prix : se perdre et gâcher sa vie. Elle préfère et de loin, transmuter la matière à fond le train, ne jamais regarder en arrière, ni ne regretter, rien.

 

Elle croise parfois de ses congénères, qui peinent à l’appréhender de loin, qu’elle salue d’un geste fier, avant de poursuivre son chemin. Elle ne se formalise pas de ces rencontres par petites touches, qui ne permettent certes pas d’éviter que l’on vous croit farouche, donnant l’impression de snober tous ceux et celles qui paraissent louches, singeant une posture de ténébreux ou de dur, mimant la leçon des adieux où rien ne dure, comme un chevalier, un preux qui doit partir à l’aventure.

 

Elle ne cherche pas à être, mais à faire ; non pas poser timide, mais altière ; ne pas peser, mais être légère ; ne pas subir victime, mais agir en battant le fer, rougeoyant et sublime, intense et magnanime. Elle n’est là que parce qu’elle veut qu’on la voit, sans se soucier d’être autre que cela qu’elle croit : le sentiment d’être de la valeur la plus haute, la puissance d’un immense roi.

 

Il n’y a pas de concession possible ; on ne transige pas avec une flèche qui siffle vers la cible ; on ne négocie pas avec un ennemi invisible ; on ne recule pas face un piège imprévisible ; on ne s’enfuit pas quand l’ennemi paraît indestructible ; on ne se couche pas si l’aube n’est pas possible ; on ne se moque pas des erreurs imprévisibles ; on ne s’assoie pas sur le trône de l’Atlantide ; on ne se baigne pas dans l’eau putride ; on ne renâcle pas devant l’obstacle qui vous bride ; on n’abandonne pas un enfant qui vous guide.

 

On est et on reste soi,

Immense et magique,

Reine et roi,

Unique.

 

Cette comète sait que le monde est à portée, que l’univers est un jouet pour ceux qui oser se l’approprier, conquérants de l’impossible et de l’éternité. Elle a fait le choix et le pari de tout explorer, sans cesse et sans répit parce que le meilleur est à deviner, à rechercher, à découvrir et expérimenter,

 

Dans une quête à la fois sage et insensée,

À un rythme où l’on ne voit pas les paysages défiler

 

Parce que l’on est déjà dans la destination d’après, explorateur intransigeant et insatisfait tant que la connaissance n’a pas révélé tous ses attraits, en assoiffé qui a compris que la vie n’est que l’apprentissage des secrets qui nous unissent et nous lient à jamais.

 

Alors il n’y a plus à hésiter, à essayer de se freiner, à croire qu’un jour tout va s’arrêter, la joie, la vie, l’amour, sinon la folie est assurée, et notre âme dévorée par le vautour des regrets.

Alors il n’y a rien de mieux à faire que continuer ce sillage qui va tous les impressionner et laisser dans leur cœur l’image fulgurante de celui qui a dépassé ses rêves pour les faire vibrer, les imprimer dans les souvenirs de l’éternité, pour le meilleur et sans le pire, parce que personne ne peut rivaliser face à cette évidence qui n’en finit pas de resplendir :

 

Être ce que l’on a décidé

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