Hirondelle

Laurent Hellot – 2019 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Et si l'on faisait comme si la vie était belle,
comme si la mort et la trahison n'étaient que bagatelle  ?

Et si l'on imaginait vivre saison après saison,
sans craindre l'abandon, ni la prison de nos émotions  ?

Et si l'on se réveillait et que tout ceci existait  ?

Du plus profond du noir, du plus horrible des cauchemars, il ne demeure que cette vacillante lueur, cet espoir fou que cela n'est pas pour nous, cet incroyable étonnement que le meilleur est maintenant, cette surprise inaltérable que nous avons vaincu Dieu et Diable.
De la plus épouvantable catastrophe, de la plus abominable apostrophe, où le mot n'est plus pour annoncer la bonne nouvelle espérée, mais bien l'effondrement d'un monde rêvé, il s'incruste soudain en lettres de feu que la concrétisation est attendue de nos vœux.
De la plus terrible menace, de la torture la plus vorace, il ne subsiste finalement que la poussière qui retombe lentement, en un nuage épais qui d'un coup fait apparaître ce qu'il cachait  : un arc-en-ciel déployé.

Mais la douleur est passée par là, mais le cœur a volé en éclat, mais les pleurs ont coulé tout bas. Il est compliqué de s'ouvrir ou de se dire que tout cela est oublié, que l'on peut sourire à l'avenir parce qu'il sera juste et apaisé. Il n'y a pour l'instant que la rage, l'incompréhension devant ce carnage, de nos amours, de nos ambitions, de notre joie et de nos passions. Seule demeure cette violente et infinie sidération, comme la pente affolante sur laquelle déboule de la lave en fusion.
Mais la peur et le doute ont commencé à ronger la raison, mettant en déroute analyse et circonspection, pour ouvrir grand la route à des hurlements de frustration, de colère ardente et de cris à profusion. Il est impossible, inimaginable de croire qu'un jour le ciel sera paisible et la paix clémente, face à ces ruines de nos projets et les cadavres de ceux à qui l'on tenait. Ce serait faire preuve du plus total irrespect que d'oser proférer que tout cela va se calmer, que la sérénité va retrouver la place qu'elle a méritée,  exactement en face de la vérité.
Mais la guerre et son cortège d'insanités ont balayé la Terre que l'on connaissait pour en faire un enfer parfait,  accueillant, accommodant et idéalement présenté ; juste pour nous faire succomber au supplice de réaliser que l'on a été dupé et que le jardin aux délices n'est plus que ruines et corps amoncelés. Qui pourrait alors proférer que le prochain acte sera un geste tendre et la douceur espérée  ? Un fou, un devin  ? Un loup et un requin  ? Un lierre, un sapin  ? Une pierre, un lutin  ?

Aujourd'hui ne subsiste que la haine d'une péripétie qui a fait exploser l'environnement de sable et de marennes devant lequel on se prélassait tranquillement. Ce n'est plus à présent que piétaille et bombardement, un feu de mitraille et des tripes en plein vent. Il ne reste plus qu'à se réfugier dans un bunker, le cadenasser et enterrer son cœur pour qu'il ne soit pas massacré par l'horreur de ce à quoi il a assisté, de fils, de filles emportées par l'envahisseur et vendus à l'encan.

Aujourd'hui ne sont plus que malheurs et parjures malfaisants, les seuls à surmonter la clameur des vainqueurs de ce champ de bataille où il faut s'arracher le cœur pour aller jusqu'au firmament des louanges et des honneurs glanés en trucidant. Il n'est plus de place pour la gentillesse et la tendresse comme baume et pansement à la folie vengeresse d'un monde dément. Il ne sert à rien d'essayer de changer ce que des tornades ont déraciné pour le broyer sans ménagement.

Mais aujourd'hui n'existe pas  ; pas plus que ces douleurs en soi. Il n'est de certitudes que celles que l'on adopte quand ne reste plus que la solitude au milieu d'un troupeau de cloportes  ; que pour tirer son épingle du jeu, il faut tricher de la sorte.
Mais demain ne sera pas plus un soulagement qu'un divin jugement ; la simple continuité du moment présent, où nos actes ont déjà entraîné ce qui surviendra dans un ou cent ans, pour une cause oubliée et sans fondement.
Mais hier n'a plus d'importance, à présent qu'ont été actées la résilience et la possibilité d'une seconde chance par notre capacité à nous rappeler de notre enfance et des rêves que l'on mettait en scène sur notre oreiller, en silence.

L'on peut bien crier et geindre à satiété, parce qu'il est humain de se plaindre et normal de l'accepter, pour que cela nous aide à ne pas finir en camisole forcée ; mais cela ne changera rien à ce qui est arrivé, pour un mal mais pour notre plus grand bien, même si cela excède notre capacité à comprendre et envisager le dessein qui nous est confié : de dépasser notre destin et de le réinventer, comme un peintre qui finit à la main ce qu'il a commencé au stylet, parce notre génie pur et notre amour illimité sont les outils desquels surgiront les enluminures qui retraceront les exploits que nous avons réalisés.

Alors regarder le ciel, son bleu d'éternité ;
alors remarquer l'hirondelle que notre honte nous cachait,
et remercier pour les merveilles qui sont à notre portée et qui vont nous permettre d'enfin peut-être sourire à ce qui n'est qu'un souffle dans notre humanité, et redécouvrir que nous avons tout gagné, en croyant pourtant sombrer au plus profond des pièges organisés,

car nous sommes immortels et tant aimés,
par la multitude qui nous guide et nous a précédés,
elle aussi gardienne de l'équilibre des mondes et de leur pérennité.

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