Etendard

Laurent Hellot – 2019 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Brandi pour aller à la victoire, dans une rage d'être celui que l'on va voir, tenant à bout de bras ce drapeau qui symbolise tout ce que l'on a, sa vie, ses idéaux dessinés en motifs et cousus sur ce tissu que le vent déploie.
Montré avec la violence qu'il soit considéré, qu'on ne puisse plus en nier la présence ou ce qu'il promet, mais qu'il marque la fin d'une existence qui a bafoué tout ce qu'il représentait, de joie et de chance d'y arriver.
Imposé tel un ordre, un message qui ne peut plus être nié, mais qu'une voix forte doit affirmer, comme s'il l'on poussait une porte à toute volée, pour obliger l'air à pénétrer, la vérité à éclater, les têtes à se tourner.

Cet étendard porte bien plus qu'il ne devrait.
Son rôle, sa fonction sont aujourd'hui dévoyés pour ne plus représenter que l'oraison des rêves qu'il transmettait, par sa remarquable persistance, par sa douce insistance, par la totale confiance qu'il inspirait.
Aujourd'hui, il ne sert plus que de rideau, de porte-flingue, de drapeau pour des dingues qui n'ont aucun idée du sens, des mots que sont  : liberté et fraternité, vécus comme il faut, dans la solidarité et la paix, entre égaux.
Aujourd'hui, il n'est plus que la caricature de ce qui a débuté il y de nombreuses années, telle une aventure initiée par des gamins exaltés et qui a pourtant donné naissance à l'espoir d'une renaissance, la certitude de pouvoir transcender les souffrances, ne plus subir une misérable existence à gagner son toit et sa pitance pour ne pas crever de vouloir continuer à respirer.
Aujourd’hui, il n'a plus aucun sens, que d'être manipulé et trituré pour que le simple et bel avenir qu'il promettait ne se transforme en viande avariée, en déchet, bon à jeter à des chiens qui le vomirait, tant il exsude des remugles de peste brune et de haine de toute humanité, en un nauséabonde sillon que rien ne semble plus devoir arrêter d'être tracé dans ce limon de la douleur et de la perte de l'identité, comme si l'heure était enfin arrivée de tout renier, à défaut d'avoir réussi à être aimé.

Cet étendard en pleure de ne trouver qui que ce soit à la hauteur de ce qu'il pourrait, faire chavirer les cœurs, guider vers le bonheur, montrer que la voie n'est pas tracée mais que chacun peut se l'approprier, dans la jubilation de grandir et de partager pour que le futur puisse sourire à qui a osé y croire et faire tout pour sortir du désespoir qui suintait de tous côtés sans arrêt.
Mais la rancœur est telle qu'elle a l'air d'avoir tout emporté, dans une infâme colère, de celle que rien ne peut justifier, car seulement alimentée par une volonté de destruction et de pouvoir de tout ce qui a existé, comme si la seule solution était de replonger dans le noir, plutôt que de chercher comment rallumer la lumière qui a été soufflée.
Mais la clameur est telle qu'il est impossible de faire entendre une autre musique, belle et apaisante, porteuse d'espoir et d'énergie sublimée par la possibilité que l'on puisse enfin voir que tout n'est pas à jeter, dans ce monde où être autre que blanc dans un miroir est une calamité, la malédiction de ne pas être né dans le bon quartier.
Mais le besoin de violence est insatiable et exacerbé, quand tout ce qui a été dit et fait n'a jamais pu se faire entendre ou à tout le moins considérer, que les seuls ricanement d'une minorité d'aristocrates cadenassés dans leurs forteresses ont toujours répondu à ce qui était tenté.

Alors il ne reste plus que la guerre pour se faire respecter, remarquer de la Terre entière qui commence à trembler sous les coups et les hurlements du déferlement de ce peuple qui veut exister, et non plus être relégué dans les bas-fonds de l'Histoire et de la destinée. Il ne s'offre ainsi qu'une unique opportunité  : vaincre ou crever sous les coups de ce sort inique contre lequel il est vital de lutter pour ne pas dire que l'on n'a pas au moins essayé, de s'extirper de ce quotidien soporifique où l'on se contente de vous vendre ou de vous acheter, pour que vous n'ayez pas la tentation de vous pendre, parce qu'il vous reste un crédit à rembourser.

Il ne transpire aucune gloire de devoir en arriver à cette extrémité, de ne pouvoir de la sorte que devoir tout sacrifier, afin qu'au moins ses enfants s'en sortent, eux qui n'ont rien demandé et pour lesquels il est intolérable que ce système puisse encore durer et se répandre à travers des gènes qui ne devraient plus exister, du moins tant qu'ils continuent à reproduire ces chaînes qui laissent la majorité ligotée, incapable de bouger, sans plus de moyens d'essayer de rejoindre ce paradis doré, ce jardin où l'on peut s'éteindre, heureux et apaisé d'avoir su aimer et étreindre ce qui comptait  : les autres, sans lesquels nous ne sommes que du compost qui n'a rien donné, rien transmis, rien généré, qu'une consommation sans queue, ni tête, bête à pleurer, à croire que tous les peuples n'ont pour issue que de naître, de trimer et de voir leurs cendres piétinées par le mépris de ceux qui ont tous les pouvoirs et s'acharnent à vouloir les garder, se perdant corps et âmes dans ce méprisable objectif assumé.

Alors cet étendard devient le seul objectif qui reste et qui aide à ne pas sombrer. En le brandissant, même sans volonté, sans idée, il n'est fait que le juste rappel qu'il existe des causes qui valent la peine de mourir pour elles et de les porter au-dessus des querelles de clochers, de clamer qu'elles sont éternelles et qu'il est temps de les écouter, de les graver dans les esprits, dans les chairs, dans le marbre de la vérité afin que plus personne ne se permettent de les mépriser et oser leur faire l'affront de les ignorer.

Ce sera vous, ce sera moi, qui relèveront cet étendard quand il tombera et qui continueront la lutte en ce en quoi l'on croit, qui n'a rien d'un slogan hirsute mais contient au contraire la vérité brute, qui fonde ce pourquoi l'on est là  :

que la vie ne doit pas être souffrance, mais jubilation  ;
que le quotidien ne doit pas être violence, mais émotions  ;
que faire exister ses rêves d'enfance ne veut pas dire se bercer d'illusions,

mais que chacun doit avoir droit à sa chance, qu'elle que soit sa condition,
et que le monde ne peut plus continuer sur cette pente, sinon il va à sa perdition.

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