L'arbre à soi

Laurent Hellot – 2019 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Se poser et réaliser que l'on a toujours été relié,
et à la Terre et à l'Éternité.
S'asseoir et concevoir que l'on est son propre miroir,
et que s'y reflète la vérité.
S'arrêter et s'interroger sur ce qui importe en vérité,
et que l'Amour a rayonné.

Notre manière de concevoir le monde n'est pas différente de ce qui nous entoure à chaque seconde : la rapidité, l'exigence de succès, l'urgence de signifier qui l'on est ; l'exact contraire de ce qui importe en vrai.
Notre vision de ce qui est mal et ce qui est bon n'est jaugé qu'à l'aune de ce qui nous a été inculqué : la Justice, l'austérité, le besoin d'ordre et de sécurité ; l'exact mensonge de ce qu'est l'équilibre parfait.
Nos actions et nos réflexions ne sont que le reflet de ce costume qui nous a été imposé depuis notre naissance : l'uniforme qui définit notre place dans ce monde frisant la démence : l'exact déguisement qui cache qui nous sommes vraiment.

Et si nous écoutions ce sang qui rythme nos pulsations ?
Et si nous essayions de revenir à nos fondations ?
Et si nous prenions le temps d'un calme profond ?

La course qui nous mène chaque jour à multiplier les virages et les détours a le mérite de nous prouver une certitude : nous sommes incroyablement résistants à la folie et à la solitude. Elle n'a pas d'autre intérêt que de nous rappeler la force qui peut nous habiter.
Les exigences phénoménales que nous nous imposons ne servent pas à la plus petite démonstration ; sauf celle qui devrait nous anéantir : que nous passons notre temps à nous faire souffrir.
La décadente obsession à nous offrir des plaisirs achetés est peut-être vitale pour ne pas finir trop vite décérébrés, mais elle ne démontre qu'une nécessité : celle de la joie qui devrait chaque jour nous habiter.

Une fois que tout ceci a été acté, allons-nous continuer à faire comme si nous n'avions rien entendu, rien écouté ; pas vu, pas pris, pas concerné ? Combien d'heures ou de secondes vont s'écouler, croyez-vous, avant que votre corps, lui, ne vienne réclamer tout ce que vous lui avez pris : le plaisir, la douceur ; la pause, la tiédeur ; la quiétude, le bonheur ? Estimez-vous heureux s'il ne vous cloue pas sur un lit souffreteux pour que vous cessiez ce déni désastreux, s'il vous autorise encore à jouer à la marionnette emberlificotée encore un peu, avant de vous poussez à vous jeter par la fenêtre pour vous forcer à viser les cieux, le bien-être qui est juste face à vos yeux.

La question qui se pose à vous est lumineuse : à quel titre est-ce que je m'autorise à me suicider à petit feu ? Dans quel délire et par quelle entremise devrais-je continuer à me consumer des pieds aux cheveux, avec la totale et absurde franchise de refuser d'aller mieux ?

La réponse que vous allez choisir découlera de ce que chacun veut : être son propre bourreau ou son ange bienheureux ? Renoncer à ses idéaux et creuser sa tombe à qui mieux mieux ? Couper les racines de son terreau et se dessécher comme il faut ?
La vie que vous allez définir se construira par ces mots : est-ce que j'ose accéder à mes désirs ou est-ce que je m'enferme dans mon superbe tombeau ? Choisir la façon de regarder son avenir ou mettre la tête dans un seau ? Se confronter sans cesse à ses souvenirs ou s'en dessiner de nouveaux  ?

Il n'y a pas de jugement, pas de sentence à vous obliger de scruter sous votre peau, à ce qui sourdre pour faire sauter ces oripeaux. Il ne s'agit pas de donner des bons points entre ce qui est mauvais et ce qui est bien. Il n'est pas le but de vous dire d'arbitrer entre le choléra ou le scorbut.

Il n'est que de vous aider à accepter

que l'on a le droit de se tromper,
que ce n'est pas graver d'hésiter,
que se sentir une épave n'est pas avoir échoué.

Il n'est que de vous rappeler qui vous étiez,

cette homme ou cette femme à la mémoire pleine de secrets,
cette personne qui se demandait comment il avait bien pu finir enfermée,
cet enfant qui avait renoncé à chacun de ses jouets.

Il n'est que de vous montrer vos ressources insoupçonnées,

cette belle et grande générosité, envers soi et toute l'Humanité,
cette tendresse et cette bienveillance qui débordent de tous côtés,
cette lumière et cette iridescence qui rayonnent dès que vous osez accepter

que le monde est ce que vous en ferez,
combien est féconde votre magnanimité,
et la puissance de l'amour que vous vous portez.

Vous aurez alors la chance de sentir que tout est relié,
que du sol monte une énergie que vous ne soupçonniez,
que votre force plonge aux racines de la vie et aux ramures que vous déployez,

quand vous avez tombé l'armure et que vous êtes nu,


libre et libéré.

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