Vert et rose

Laurent Hellot – 2019 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Il n'y a plus grand chose à dire quand le vert et le rose viennent de sortir.
Il n'est plus utile que de sourire quand le vert et le rose viennent de jaillir.
Il ne sert à rien de jouer au martyr quand le vert et le rose viennent à s'épanouir.

Deux couleurs qui ne sont là que pour montrer que l'on est sur la bonne voie, celle de la sagesse et de la joie.
Deux couleurs que l'on n'associe pas, alors qu'elles sont bouillonnantes au fond de soi et ne demandent qu'à briller de tous leurs éclats.
Deux couleurs qui se suffisent en soi, miroir et moteur à la fois, gage d'une infinie douceur et d'une sérénité sous le même toit.

La route a été longue pour arriver jusque-là, pavée de chausse-trappes et tapie de bombes à faire tomber dans les vapes la moindre colombe. Et pourtant, le voyage s'est poursuivi, avec son tri implacable entre indifférents ou amis, avec son rythme remarquable en dépit des douleurs ressenties.
La destination n'a jamais été dévoilée, malgré une féroce volonté de ne jamais renoncer ou s'arrêter, pour arracher ce que l'on estime mérité. Le moindre échec, la bizarre hésitation étaient aussitôt prolongés d'un rebond pour ne surtout n'avoir jamais rien à regretter, vivant ou objet.
Les rêves étaient portés haut, de famille et d'idéaux, de liesse qui fourmille et de tonne de cadeaux. Mais voilà que tout s'est délité, que le moindre petit projet était voué à l'inanité, quoi que l'on puisse tenter, avec le sentiment d'une malédiction acharnée à bousiller tout ce que nous avions gagné.

Alors il y a eu ces moments de doutes, ces souffrances à hurler : « Machines arrières toutes ! », sans qu'aucune aide ne daigne se manifester. Il ne demeurait que la sidération et les larmes pour se réconforter, avec l'étrange sensation d'être la victime sacrifiée sur l'autel de la déraison, sans manière de protester.
Alors il y a eu ces envies de s'en foutre, de ne plus lutter mais de tout abandonner, honneur, espoir et lueur d'un nouveau soleil en train de se lever pour ne plus garder dans son cœur que la tristesse d'un silence solitaire, glacial et désespéré, unique moteur pour ne pas s'effondrer.
Alors il y a eu cet abîme qui s'arc-boute face à toutes les voies que nous essayions d'emprunter, gouffre effarant couvrant tout l'horizon de nos songes d'enfants, les absorbant sans explication à la manière d'un géant et nous appelant à l'unisson pour plonger dans son implacable néant.

Et puis ce jour, et puis cet échange,
et puis ces mots qui résonnaient de l'éclat d'un ange.

Et puis ce tombeau qui soudain se fissure,
et puis cet appel intense de la Nature, comme une danse aux multiples figures.

Sur un mur blanc sont d'un coup apparues ces couleurs auxquelles on ne croyait plus, mélange d'importun et de divin, comme si un messager vous délivrait un secret alors que vous  dormiez.
Le monochrome et l'aplat ont soudain pris de la couleur et du volume, dans un souffle de joie, comme si un courant d'air soulevait une enclume et l'emportait au loin là-bas, au milieu des prés.
Le silence et la solitude se sont en un instant transformées en musique et toucher, comme si une impatiente petite fée avait enfin retrouvé sa baguette et recommençait à en jouer.

Et vous êtes là, méfiant et penaud, vous demandant si ce n'est pas encore une entourloupe de plus que vous n'aurez d'autre choix que d'ajouter à vos oripeaux, dont les guenilles ne vous laissent pratiquement plus que la peau.
Et vous vous rebiffez, vous renâclez, incapable de plus faire confiance à ce que vous voyez, croyant à un abus de vos sens et un piège patenté.
Et vous persistez à retenir ce que vous sentez pulser, cette onde de plaisir que vous aviez depuis longtemps oubliée.

Sauf qu'il n'est plus question de ne pas y aller.
Sauf que toutes les réponses sont dévoilées.
Sauf que tout concoure à vous pousser.

D'abord cet écho que vous entendez, cette voix qui chuchote exactement les mots qu'il faut pour vous rassurer.
Ensuite cet élan qui vous entraîne vers le haut, à une vitesse que nous peinez à contrôler, tant la vivacité de cette énergie est décuplée.
Enfin cette innocence que vous redécouvrez, mélange de tendresse et d'impatience à recommencer à vibrer.

Vous sentez bien que quelque chose a basculé, que cette menace permanente qui vous rendait morose n'est plus qu'un fantôme du passé, que ces doutes gris et plombant sont en train de s'évaporer.
Vous regardez tout le chemin qui vous a conduit à cette impasse morose où vivre n'est plus une envie mais une overdose, avec quelques fractions de répit pour ne pas tomber en sclérose.
Vous écoutez tout ce qui vous est dit et qui est bien plus que de la prose, une cascade de douceur infini qui vous rend tout chose, avec dans l'esprit cette onde qui surgit et fait que tout explose.

Parce que vous l'avez perçu,
parce que vous l'avez vu,
parce que vous l'avez toujours su,

que l'heure était venue.

Alors vous vous levez, encore tremblant de toutes ces chaînes qui vous épuisaient,
alors vous vous mettez à marcher, puis à accélérer jusqu'à courir à ne plus respirer,
alors vous élevez la voix, vous osez même chanter pour qu'enfin elle se retourne, cette silhouette qui a tout bouleversé,

cette rencontre qui va vous libérer,
cette amour qui va vous porter,
cette joie qui était innée.

Vous tendez la main, vous fermez les yeux,
et vous vibrez sans fin quand cet autre vient la caresser, à ces mots murmurés  :

«  Enfin, je t'ai trouvé  »

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