Charmant

Laurent Hellot – 2019 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Le rayon du soleil qui perce le sous-bois touffu ressemble à l'appel d'un réveil après un long hiver sans issue. Le sillage sur son trajet au travers d'arbres et de buissons en sommeil ressemble à une pluie d'étincelles qu'une fée aurait semée, de joie et de merveilles qu'il est temps d'embrasser.
Le rayon de soleil qui s'ose ainsi à pénétrer dans cette demeure en veille ressemble à un guerrier qui pousserait la porte d'une chambre à coucher. L'appréhension et l'impatience de ne pas être attendu, tout en trépignant de s'annoncer se mêlent en un sentiment confus que tout peut enfin recommencer.
Le rayon de soleil qui s'égare dans cette forêt à la sensation immense que lui seul peut tout bouleverser, pourtant insignifiant, pourtant singulier, par la simple dispersion de ses bienfaits. Il n'a pas d'autre ambition que de se présenter et d'offrir à quiconque tout ce qu'il peut apporter, de chaleur et de douceur telles qu'il n'en a plus été donné durant tout ce temps à  frigorifier.

La lumière qui fuse soudain dans ce maquis étouffé paraît ouvrir au monde une caverne barricadée, avec un peuple en surnombre qui y serait entassé, avachi, épuisé, sans plus d'espoir d'un jour contempler le ciel azuré. L'irruption inattendu de ce jaillissement pulsé insuffle une énergie diffuse qui irrigue tout ce qu'elle peut toucher, redonnant vie et force à ceux qui s'essayent à s'en approcher, incandescence intense et irisée.
La lumière qui transperce cet effarant bouclier, de tristesse et de larmes sédimentées dissout comme un charme cette malédiction proférée, qu'il ne serait plus autorisé de rire et vivre sous peine d'en être humilié, de s'y brûler ainsi que de la chaux vive sur une plaie. Elle apporte un baume et une douceur incomparable à expérimenter, qui soulagent et qui bercent ce qui demeurait traumatisé.
La lumière qui se déverse telle une source illimitée inonde les recoins obscurs et les caves enterrées, pour en expurger les miasmes et les souillures dans un flot auquel rien ne peut résister. Elle nettoie, vivifie, transfigure et purifie, ne laissant que respiration et clarté dans ces monceaux de secrets, de regrets, de passé qui édifiaient un tombeau à tous les songes et rêves avortés.

Le mirage qui se dissipe dans un souffle cahoteux ressemble à la respiration brutale d'une catarrheux où tous les remugles et les amas tuberculeux s'évacuent d'un coup parce qu'il est l'envie d'être heureux, et non plus misérable et penaud, dans le trou ténébreux où l'on construit le propre cachot de son destin miséreux, ombre projetée dans le gouffre de son orgueil pompeux.
Le brouillard qui s'évapore dans une chaleur intense libère la vue vers un espace immense, fait de collines et de vallons herbeux, bien loin de ce grisâtre horizon poisseux, mélange de miasmes pesants et de marais huileux. La légèreté qui gagne et qui occupe ce qui se dévoile aux yeux entraîne une douce euphorie à l'enthousiasme contagieux, par laquelle il n'est plus d'autre option que celle d'être heureux.
Les nuages qui s'évacuent sous la force irrésistible de cette atmosphère nouvelle s'en vont au loin vers des terres irréelles où le linceul de leur crachin ne sera plus la barrière emprisonnant le chagrin. Leur départ inattendu ne laisse qu'une trainée légère, mélange de buée et de vapeur contenues dans les bulles d'une effervescence qui touche au cœur et à des sentiments auxquels on ne croyait plus.

De cet éclat nécessaire pour balayer la poussière, il ne restera rien lorsque tout sera enfin mis en mouvement, du ciel à la Terre, à part le souvenir vibrant d'une lueur éphémère qui a initié le changement. La délicatesse et la prodigalité de cette irruption magique ne sera bientôt qu'un plus qu'un vague désir, dans cet instant où a été brisé ce qui faisait souffrir, ce carcan de regrets et de souvenirs, chape insoulevable à gémir, pression colossale à soutenir, poids incommensurable à bannir.
De cette percée chirurgicale dans la douleur innommable ne subsistera que la cicatrice  invisible qui a permis que s'écoulent les sécrétions empoisonnées qui épuisaient et condamnaient à l'immobilité. De ce geste salvateur et de sa générosité ne persistera que l'attente interminable jusqu'à se réveiller et s'autoriser enfin à quitter cette table de tortures qui nous broyait, dans le silence de ces quatre murs édifiés par la seule constance du désespoir qui rongeait.
De cette main offerte pour nous attraper et nous guider aux fins d'ouvrir grand les fenêtres sur nos capacités ne demeura que l'incroyable gratitude de ne pas avoir été abandonné et conduit sur le chemin de nos aptitudes à transcender, le noir en or, le miroir en trésor, l’illusoire en réconfort. Cette force et cette confiance auront beau avoir été dispensées dans un laps si court qu'elles n'ont pas semblé existé, leur écho portent encore dans le vaste élan qu'elles ont engendré.

Cette particule de vie, cette ligne toute tracée  ; ce message dans la nuit,  cette voix murmurée  ; cette audacieuse irruption dans un monde en confusion, cet éclairage dans une maison de la cave au plafond, tout ce qui n'est pas attendu mais espéré, tout ce qui n'est pas commandé mais prié, tout ce qui n'est pas programmé mais rencontré n'est autre que le reflet de ce que nous sommes à même d'exprimer, notre foi en nous-mêmes et nos infinies possibilités. Il ne s'agit pas d'un hiatus ni d'un ricochet mais la démonstration que nous méritons bien plus que ce que nous nous limitons à accepter, qu'il est parfois nécessaire de n'en pouvoir plus afin de se libérer de ce qui nous empêchait d'exister.

La lumière n'est pas extérieur, elle ne nous a jamais quittés.
La lueur n'est pas une erreur, elle est la vérité.
L'énergie n'est pas un moteur, elle constitue ce que l'on est,

comme une musique pour nous bercer,
comme un chant pour nous accompagner,
comme une voix pour nous remémorer,

que nous sommes celui ou celle qui détient la puissance de l'Univers entier.

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