Diversité

Laurent Hellot – 2019 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

La sensation de ne faire lien avec rien n'en est que plus étrange dans ce monde où tout résonne,  de notre histoire, de nos miroirs, de nos pouvoirs, dans un écho permanent de la Terre au firmament. Se prendre pour le héros que personne d'autre ne peut comprendre ou entendre, quels que soient ses efforts pour arriver à apprendre, de nos expériences, de nos errances, de notre conscience relève de la plus pure vanité, à se demander si l'on est bien celui qui mérite toute la puissance qui lui est donnée.
L'impression de ne plus constituer que le défouloir de l'Humanité, à encaisser des coups sans les retourner, parce que cela serait notre tour d'être martyrisé est aussi absurde que d'imaginer que la fatalité puisse exister et que l'Univers entier se serait dédié à vous contrarier. L'importance que l'on estime se donner par cette expression de victimisation caractérisée n'est que le reflet de notre propension à se considérer bien plus remarquable que ce que l'on pourrait.
La répétition de s'obstiner à aller dans la mauvaise direction n'en est que plus improbable alors que tout nous appelle et nous offre d'autres solutions, différentes, enrichissantes, enthousiasmantes, au-delà de tout ce que pourrait nous imaginer notre imagination débordante. Il n'est que la volonté, pour une fois, de s'arrêter de courir et d'écouter ce que nous exprime notre intuition incessante, qui a beau s'égosiller jusqu'à en défaillir, pour en embrasser ce que vivre veut dire.

L'adversité n'en est pas une, que le reflet de nos propres lacunes, ribambelles d'exercices pour se confronter à d'innombrables sévices qui ne sont là que pour nous montrer que l'on peut choisir le chemin ardu ou bien lisse et qu'il n'est pas d'obstacle que l'on ne puisse surmonter, pour peu que l'on agisse, non pas pour les anéantir et les écraser, mais saisir ce qu'il nous propose, d'idées, de nouvelles pistes pour ne plus rester dans cette posture morose de clowns tristes.
Les ennemis n'existent pas, pauvres marionnettes à qui nous donnons de l'importance qu'elles n'ont pas, de la taille d'une allumette mais dont nous nous servons pour allumer un feu qui dévorera forêts et bois, si nous n'étions pas ces ridicules girouettes qui paniquent sans arrêt à la moindre contrariété, à en perdre la tête et le désir d'exister alors que le plus petit souffle sera à même d'emporter et d'éteindre cet incendie de brousse qui n'a que l'ampleur que nous acceptons de lui autoriser.
Les erreurs n'en sont pas, brouillons vitaux pour nous donner les outils dont nous manquions afin de progresser, plus loin, plus haut, dans des propensions que n'envisageait même pas notre limité cerveau, brillante machine habile à faire la cuisine, celle qui nous empoisonne de pensées vénéneuses, de l'échec humiliant à la fuite honteuse, alors qu'il n'est aucun juge ou arbitre qui ne soit légitime à dire si l'on va trop loin ou trop vite quand il s'agit de grandir et de mettre un terme à cette course poursuite.

Le choix est pourtant immense, illimité, d'entrer et de prendre part à cette danse qui va nous porter au-delà de notre résistance, au seuil de nos rêves éveillés pour nous donner la chance de nous dépasser et de reconnaître notre potentiel intense, sa force et sa densité. Il n'est pas de frein, ni de laisser-passer pour accéder à ces multiples destins qui nous sont proposés, d'assumer notre liberté enfin de l'expérimenter pour ce qu'elle offre sans fin, de visiter et d'explorer.
Les voies sont pourtant denses, en expériences et en rencontres inespérées, de celles que l'on attribue à la chance alors que nous seuls les avons provoqués, guides en toute inconscience de ce qui peut nous aider, en dépit de notre impatience et de notre talent à nous égarer dans des espaces où ne règnent que le silence et le désespoir mêlés. Si nous acceptions pour une fois de ne pas attendre la dernière échéance pour nous y plonger, que de douleurs et de souffrances nous pourrions nous éviter.
Les synchronicités sont une évidence que nous nous obstinons, avec une remarquable persistance, à ignorer, par orgueil ou par intransigeance, de peur de croire que notre libre arbitre en serait froissé, de soudain réaliser que les concordances ne sont pas ce que l'on croyait, hasard, accident ou chance réservés à quelques initiés qu'un démiurge et son inconstance disperseraient en toute irresponsabilité, à charge pour le vent, les chocs ou les correspondances de distribuer.

Il n'y a pas de petit grain de sable, de maillon détaché, de naufragé dans l'océan invivable ou de miraculeux rescapé. Nous sommes tous dieu et diable, tel que nous choisissons de l'incarner, à charge d'assumer ensuite les conséquences de nos échecs lamentables ou de nos brillants succès, et non pas d'accuser un tiers incapable ou un sort jeté, à défaut de blâmer le seul et unique responsable qui oublie de se regarder et de constater que tout ce qu'il a construit est tel du sable en ses poings serrés.
Il n'y a pas de héros désigné et de victime coupable de ce que nous avons traversé, au mieux un costume discernable qu'il est facile de changer pour endosser celui qui nous aidera à sortir la tête du sable et à observer, où nous sommes, ce qui nous entoure et la direction vers laquelle se tourner. La mascarade n'est pas inévitable et il nous appartient de choisir si nous continuons à prendre part à la parade ou nous si préférons applaudir le défilé, dans une alternance préférable à l'immobilité.
Il n'y a pas de magicien ni de metteur en scène qui pourrait tout décider, le temps, les habits ou les termes que l'on doit supporter. Nous restons et nous sommes les propres maîtres de nos volontés, en dépit de notre croyance à nous considérer aussi peu dignes de ces capacités. La diversité de nos rôles, de nos possibilités est à l'aune de chaque matin qui vient de se lever  : inconnue, illimité et énorme, autant que nous oserons nous l'accaparer, pour tracer notre propre voie et s'en glorifier,

car il n'est que nous pour savoir ce qui nous va et nous autoriser à le transcender,


en créateurs libres et permanents de notre réalité,
en sculpteurs émouvants de notre vie rêvée.

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