Derrière la Lune

Laurent Hellot – 2019 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Une lumière blanche et pure diffuse ses ondes duveteuses dans la nuit dense et obscure, en une invitation aventureuse à retrouver sa nature, belle, généreuse. Les rayons de cet astre singulier ouvrent une brèche dans les ténèbres éparpillés en cette nuit d'été, chape de doutes et de regrets qui enveloppent tout et tous dans une froide immobilité. Les flèches immaculées de ces traits de reflets, d'un jour en ricochets, balayent le ciel d'une pluie d'étincelles, régénération bienfaisante et clarté apaisante.
Un astre rond et brillant observe le monde endormant, où les êtres et les choses ne sont plus ni gais, ni moroses, mais assoupis dans un silence abasourdi, à reprendre leur souffle, leurs esprits, dans la lutte pour rester en vie, en une respiration vitale, nécessaire et animale pour repartir dans la cadence infernale où la course est la seule mobilité pour ne pas tomber ou être bousculé. Sa frimousse virginale contemple d'un regard bienveillant ces adultes, ces enfants qui ont rejoint le temps d'un sommeil ce pays aux merveilles, celui jailli lorsque disparaît le soleil, que les étoiles tapissent le ciel d'une nuée sans pareille.
Un satellite tournoyant inventorie tout ce qui n'est pas dit, retenu au-dedans, murmuré dans un lit, confié à la petite souris, dans une infinie litanie de secrets et de non-dits, de serments et de formules pour ne pas être pris, voyageurs intrépides qui ne veulent plus revenir la tête vide, mais débordante de rêves et de projets, de «  peut-être  » ou «  je devrais  », de «  quand je serai grand, je pourrai  ». La circonvolution de son trajet lui offre l'ensemble de la palette de souhaits et de regrets, de joies et de retraits, où la succession des heures ainsi écoulées offre la chance de pouvoir à nouveau s'autoriser, à redevenir petit pour ne plus douter, à grandir dans un monde qui n'est pas gris mais débordant d'images colorées, à devenir ce que l'on a toujours espéré.

Dans ces heures mi-ombre, mi-reflet, le calme a bien du mal à s'imposer, battu en brèche par une foisonnante Humanité qui ne sait plus ce que veut dire se reposer. Si d'aucuns se rappellent cette évidente nécessité de se poser et se ressourcer, d'autres veulent au contraire en profiter, devenir dans ces heures sombres ce qu'ils n'ont pas été la journée, comme des fantômes d'outre-tombes de leur propre réalité, à s'inventer des identités en nombres et de nouvelles vérités fugaces, que le jour qui se manifestera bientôt se chargera de balayer.
Dans cette tranche de vie atténuée par l'interposition d'un monde en rotation devant ce soleil illuminé, l'écho de la dense vibration d'une foultitude d'activités persiste à résonner au sein de cette face cachée, en un tintamarre qui devra pourtant cesser. Il est un temps pour tout, l'agitation et l'immobilité, la réflexion exacerbée et les émotions diffusées, en un équilibre qui ne doit pas être malmené, gage d'une renaissance à chaque matinée, où la conscience va se nourrir de ce qu'elle a exploré, brume de souvenirs qu'elle ne saurait nommer et qui pourtant va lui offrir matière à cogiter, devenir, créer tout ce qu'elle n'aurait jamais pu concrétiser sans cette pause, ce voyage allongé.
Au sein de cette Terre assoupie, la musique a remplacé le bruit, en une douce mélodie magique qui habille les êtres d'harmonies, trames insondables à la magie ineffable, ressourcement nécessaire et incroyable par la seule grâce de l'indéchiffrable, mystères et mythes dont personne ne connaîtra le sens véritable avant de sonder les méandres des ressources incroyables nichées au sein de chacun, en un trésor inestimable. Il n'est que les fous et les rêveurs pour arriver à toucher ce langage du cœur, aux codes qui ne se déchiffrent qu'au travers du bonheur, à la grammaire qui ne s'apprend pas par cœur, au lexique qui change d'heure en heure.

Le halo qui nimbe cette presque étoile parcellaire, ce morceau arraché à la Terre cherche à donner le change et à monopoliser nos petites têtes en l'air, pour qu'elles s'attachent à observer ce qui ne devrait pas pouvoir ce faire  : briller en ne produisant aucune lumière, étinceler sans la moindre once de lave délétère, se renouveler tout en laissant faire, par la simple grâce de tournoyer en l'air.
La place unique que prend ce rond de matière, tantôt croissant, tantôt obole, tantôt bleu, blanc, doré, gris ou rouge sang, tient de la fantasmagorie au cœur de l'infini, à ainsi tenter de monopoliser la variété de ce qui est permis tout en n'essayant pas un instant de se réinventer, juste accueillant ce qui est proposé, à travers les projections de ce qui est permis, les perpétuelles transformations de la rencontre du jour et de la nuit.
Les légendes et les rites que cette reine d'albâtre accompagne, du sous-sol des villes jusqu'au cœur de la campagne confinent à la logorrhée balbutiante d'un bébé qui chercherait à communiquer avec une géante, à tenter par tous les moyens de se faire entendre par-delà les mots du genre humain, par l'esprit et ses pulsations du divin, creuset alchimique à la quête de la révélation mythique pour enfin accéder à l'unique, à la trame de ces civilisations sans logiques, compilations de répétitions qui ne conduisent qu'à l'effondrement cataclysmique.

Et tandis que s'affiche la rondeur bienveillante de cette gardienne de nos certitudes balbutiantes ; tandis que nos raisonnements butent sur cette anomalie évidente, cette absurdité flagrante où n'est pas nommé ce qui fait que l'on enfante, des idées, des illuminations, des révélations  ; tandis que les préceptes qui régissent nos existences calibrées pour ne pas sombrer dans la démence s'arcboutent sur la rationalité embarrassante par les limites qu'ils n'arrivent pas dépasser,

la Lune veille sur nous comme une mère aimante, consciente de l'obstination amusante à ne se focaliser que sur sa matérialité, bien loin de tout ce qu'elle offre et qui ne peut être quantifié, de bienfaits et de confiance partagée en ce que tout ne peut pas être révélé, du moins pas tant que nous n'avons pas grandi un tantinet, pour oser faire ce pas de côté, où la ligne droite n'est plus ce qu'il faut emprunter pour accéder sans limitation à ce que nous avons toujours désiré  entendre, comprendre, répéter, assimiler et accepter  :

que nous avons déjà atteint ce que nous persistons à réclamer,
que chaque matin est le premier  ;
que demain n’existera jamais.

Et cédant sa place à l'aveuglante clarté, la Lune s'amuse à nous regarder quêter ce que nous avons tant de fois rêvé, que derrière son visage bienveillant, il n'est aucun secret que nous ne connaissions depuis la nuit des temps  :

que nous sommes le noir et le blanc mélangé  ;
que nous sommes les enfants de l'Univers entier  ;
que nos rêves sont notre présent et qu'il est temps de les embrasser.

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