Joyeux

Laurent Hellot – 2020 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

 Le rayon de soleil s'est enfin annoncé, traversant rideau et voilage sans sourciller, curieux et joyeux de ce qu'il va explorer. La pièce dans laquelle il pénètre n'est pas inhabitée, mélange d'odeurs de bougies et d'amas de draps froissés. L'ambiance est à l'exploration et à la timidité, de s'annoncer et de ne pas déranger, mais avec l'envie de s'inviter afin de proposer une fête qui n'est pas encore nommée.
Une silhouette se dessine de sur le lit, entre rêve et envie, à la fois ici et partie, encore ange ou petite souris. Une vague mouvement du bras vient rappeler qu'il y a encore de la vie, même si un grognement ne confirme pas vraiment qui est qui. Il faut cette douce chaleur de sur l'épaule, cette caresse de bonheur qui caracole, portée par cet inattendu visiteur qui s'en vient se poser.
La rencontre des deux commence à se concrétiser. Le dormeur vient de se rappeler comment exister, le rayon de quelle manière se présenter. Une paire d'yeux étonnés cligne de cette lumière inusitée, des grains de poussière virevoltent dans les trames illuminées. L'un et l'autre s'observent sans se presser, étonnés de cette soudaine civilité.

Le dormeur n'en est plus un, il se tient à présent sur ses deux pieds, avec encore un vacillement certain dans sa verticalité. Il lui faut poser une main sur le mur d'à côté pour oser affirmer qu'il peut se mettre à avancer, en un drôle de marin qui s'essaierait de marcher sur le pont du navire à tanguer.
Le rayon de soleil n'en peut plus de ne pas pouvoir se déployer. Il se tortille et il brille, mais en vain, entre les vitres et la chambrée, manière de petit lutin qui voudrait se mettre à danser alors que la musique n'a pas encore été imaginée, que les lanternes magiques ne sont pas encore allumées.
Un grand mouvement offre enfin à chacun de se présenter, rideaux repoussés et repliés, ciel bleu et horizon illimité. Le rêve ne semble pas encore terminé, l'hôte et le visiteur se confrontant en toute liberté, sans que n'importe plus ni le jour ni l'heure, mais la joie de se rencontrer.

Un grand bâillement vient tout équilibrer, accueillant dans le corps toute la puissance de ce rayonnement, fusionnant Univers et Humanité, heureux et impatient d'expérimenter la jubilation de l'instant et tous les possibles à explorer, ici et ailleurs, hier, demain et maintenant, sans urgence ni priorité, autre que la jouissance d'exister.
La fenêtre est ouverte dans l'instant, offrant au soleil sa raison d'être, d'éclairer, de caresser, de vivifier tout ce qui passe à sa portée, pour réchauffer, faire croître et grandir, proposer de le contempler dans toute sa beauté, intense peut-être mais apaisée, afin de guider tout ce qui osera s'y exposer.
Il n'y a plus de dedans ni dehors, mais le monde entier, comme un trésor qui serait dévoilé, non pas d'argent et d'or mais de sincérité, celle de ne pas craindre la mort mais bien la vérité, non comme sanction mais comme alliée à préserver.

Le rayon de soleil ne vient plus de l'extérieur à présent. Il pulse du cœur comme un diamant, vibrant de joie et de bonheur d'être enfin vivant.
La lumière n'a plus à transpercer la matière maintenant. Elle la transforme en un vaste océan, riche de vie et de matière pour aller de l'avant.
Il ne demeure plus que la joie d'être soi, quelle qu'en soit la manière, pour s'offrir le plus beau des cadeaux  :

l'acceptation pleine et entière du bonheur d'exister.

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