Remarquable

Laurent Hellot – 2020 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Pas un répit, pas une pause pour s'autoriser de souffler et reprendre ses forces avant de continuer à avancer  ; la permanente litanie des obstacles et des soucis confinait à l'anarchie, tant étaient constantes leur violence et leur hystérie. Les vagues successives de douleurs et de frustrations n'avaient pour contrepartie que la lutte permanente pour ne pas perdre la raison, face à ces hordes qui vampirisaient l'horizon. Pas un pan de la vie, pas une miette de la nuit qui n'était occupée par l'effroyable bruit de leur adversité, rageuse, inique, de véritables calamités.

Et vous teniez, envers et contre tous les oracles qui vous voyaient enterré.
Et vous restiez stoïque en dépit de l'injustice flagrante de ces drames répétés.
Et vous étiez droit, digne, honnête, pour lutter pied à pied face à ces tempêtes.

Remarquable, en tous points.

Pas un temps pour se préparer, pas un moment pour anticiper  ; la charge effroyable d'ennemis insoupçonnés a déboulé dans l'existence telle une peste contaminée, pervertissant tout et tous ceux qu'elle approchait, stigmatisant la moindre victime désignée, en une imprévisible malédiction proférée, en charge de détruire tout ce qui lui est accessible pour le renvoyer au néant, comme s'il n'avait jamais existé. Pas une médication, aucune supposée potion ne produisait un quelconque effet ou ne proposait de rémission, ne laissant que miasmes et décomposition.

Et vous soigniez sans broncher, quand tous avaient déserté.
Et vous pansiez sans discontinuer chacune des plaies infligées.
Et vous consoliez sans vous plaindre, en totale exemplarité.

Remarquable, du soir au matin.

Pas un bras qui se tend pour vous attraper, pas une aide qui se propose de vous relayer  ; la solitude féroce dans laquelle vous vous retrouvez pour encaisser coups et bosses ressemblait à une martyrisation désignée, comme si vous deveniez la victime expiatoire de la somme des pêches que tous ces autres planqués dans le noir entendaient vous faire porter, alibi pratique et confiant de leur médiocrité, de la petitesse de leurs talents et de l'ampleur de leur lâcheté, alors que vous essayiez simplement de ne pas les laisser tomber, ni de fuir comme tous ces gens qui vous ont renié.

Et vous supportiez les huées de la foule, les yeux fermés.
Et vous encaissiez leur haine, gardant la bouche muselée.
Et vous reteniez votre peine, de vous voir abandonné.

Remarquable, mais enfin...

Toute cette tristesse, toute cette solitude, toute cette fatigue, cette hébétude...
Vous n'en pouvez plus, vous ne rêvez qu'à vous effondrer, vous ne voulez qu'errer sans  mémoire de ce passé, sans but après cette géhenne innommée. Vous êtes encore debout et vous ne savez pas par quel miracle, au milieu de tous ces fous, vous n'avez pas cédé à la honte de vous mettre à genoux. Le vent de la souffrance emporte les cendres de tout ce que vous avez porté, tout ce en quoi vous avez cru, tout ce que vous avez possédé, et vous ne souhaitez plus qu'une chose, qu'il vous entraîne vous aussi dans les nuées, où vous n'aurez plus à penser.

Il n'y a pas assez de mots pour vous remercier, de ce que vous avez accompli, de ce que vous avez réalisé.
Il n'y a pas assez de phrases qui pourraient être chantées pour dire la sagesse que vous avez montrée.
Il n'y a pas assez d'hommages qui pourraient être prononcés pour saluer le courage que vous avez exprimé.

Le corps n'en peut plus de ces épreuves qui l'ont marqué, de ces cicatrices dont le sang s'écoule encore et n'arrive pas à sécher. L'esprit est exsangue d'avoir sans arrêt cherché, une explication, une raison de ne pas se rendre et tout laisser tomber. L'âme doute soudain d'avoir même choisi d'affronter ce destin, devant son inévitable dureté et le gouffre dans lequel elle a manqué de sombrer.

Mais combien d'amour et de respect vous sont à présent envoyés.
Mais combien de douceur et de réconfort vous sont à présent octroyés.
Mais combien d'amis et de guides vous accompagnent depuis que vous avez accepté,

non pas d'être exceptionnel, mais d'avoir fait du mieux que vous pouviez,
non pas d'avoir fui à tire d'ailes, mais plongé dans la mêlée,
non pas d'avoir reculé devant la Mort Éternelle, mais de l'avoir confrontée,

à vos désirs, à vos envies, à vos rêves, à vos paradis et d'avoir hurlé de toutes vos forces que vous vous battrez jusqu'à n'en plus pouvoir plutôt que d'abdiquer, pour ne pas disparaître en vous étant renié, pour ne pas avoir voulu être alors vous pouviez pleinement vibrer,

pour avoir préféré des «  peut-être  » à la vérité.

Que ce que vous avez accompli soit gravé dans les méandres des vies, pour l'éternité, et que vous receviez le meilleur de la lumière qui puisse vous irriguer, jusqu'à vous faire resplendir telle une étoile qui inonderait de bienfaits des mondes et des planètes par milliers.
Que vous acceptiez de reconnaître que ces guerres n'étaient pas méritées, mais qu'elles vous ont montré la voie sur ce que vous étiez, votre puissance sans pareille, votre intense bonté et la légitime fierté que vous pouvez ressentir à pouvoir encore en témoigner.
Que vous osiez à présent admettre que vous pouvez lâcher, ce rôle, ce poste que vous endossiez, de faire pour tous les autres ce qui devait être transformé, ce cloaque qui maintenant est devenu une paisible forêt, de clairières en ruisseaux, régénérée.

Et que vous n'oubliez jamais que vous seul être digne de révérence,
pour avoir accepté d'assumer cette aventure immense  : vivre et non pas seulement exister.

Remarquable, à n'en pas douter.

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