Dans mes bras !

Laurent Hellot – 2020 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

La lumière est douce, d'orange et d'or, caressante comme de la mousse sur laquelle on s'endort. Il n'y a plus rien à craindre, plus d'angoisse, ni d'horreur à affronter dehors  ; il n'y a plus de princesse à sauver, ni de prince consort  ; il ne demeure que la chance d'avoir enfin été libéré de tous ces démons qui nous jetaient des sorts sans arrêt, avides de nous posséder, de nous manipuler, de nous faire oublier qui l'on est.
La musique est partout, de nos oreilles à nos pieds, pour nous faire évacuer tout ce qui nous empêchaient de tenir debout, en un fleuve enchanté. La mélodie qui nous berce à présent est de celle qui oblige à retrouver ce que l'on voulait vraiment et ne plus tricher, incapable que l'on était d'écouter au milieu de tous ces hurlements, ces cris qui nous terrifiaient, nous faisaient oublier de chanter notre vérité.
Le souffle est sur nous, de cette vivifiante respiration de bienfaits, qui balaie en un instant tout ce qui nous pollue, obstruait nos pores, nos poumons, nos idées et nous bloquait l'accès à tout ce qui pouvait nous régénérer, courant d'air puissant et fou qui libère notre pouvoir, nos possibilités pour nous montrer ce que l'on ne voulait pas voir, combien l'on était prisonnier.

Devant ce spectacle, ce soleil en train de se lever, il est délicat de ne pas fuir ou à tout le moins se cacher, tellement le décalage entre ce que l'on vient de subir et ce qui est annoncé semble tenir de l'irréalité la plus complète ou de la fantasmagorie irraisonnée, qui fait vaciller nos certitudes ancrées dans cette tête qui se demande pourquoi elle devrait encore se leurrer.
Devant cette débâcle, ce champ de bataille déserté, il est éprouvant de ne plus renoncer à combattre quelle que soit l’adversité, tant sont usées toutes les forces que l'on a monopolisées, non pas seulement pour terrasser toutes ces créatures mortes mais surtout pour tenir sans s'écrouler et finir enfoui dans la boue, oublié, enterré, piétiné par ce monde de fous contre lequel nous nous sommes dressés.
Devant ce silence, ce vent qui ne cesse de siffler, il est tentant de hurler sa haine et son ressentiment face à tout ce qui a dû être affronté, sans aide, dans la solitude et dans la peine sans même avoir le droit de se poser, dans un constante rengaine qui voyait déferler les hordes de nos pires cauchemars sans une pause, sans un support, sans un merci quand on les terrassait.

Et pourtant nous sommes encore là, debout, fiers et droits, même si harassés, les seuls à ne pas avoir craint de dire  : «  Je ne renoncerai pas  !  », en dépit de ce bourbier, de cette mêlée, de ce carnage annoncé entre ce qui était rêvé et ce qui s'est annoncé où tous ces champs de miel et de fruits ont été pillés, tous ces espoirs de paix et de vie ont été disséminés, tous ces frères, ces sœurs, ces amis nous ont abandonné.
Et pourtant personne d'autre n'osera à présent se confronter à ce que nous avons relevé de dignité, de droiture, d’honnêteté, dans une célébration intense et vivante de ce qui nous a toujours fait avancer, ce honneur que nous avons porté, de croire à ce qui nous faisait vibrer, l'espoir, l'amour et la dignité, non pas en miroir mais en cœur de ce qui nous a créés.
Et pourtant personne ne peut maintenant plus contester que ce que nous avons accompli est de la race des géants et ne pourra être oublié, dans cette médiocrité ambiante qui nous engluait et contre laquelle nous avons fait jaillir nos énergies brûlantes d'exister pour qui l'on est et non pour un simulacre de banalités confondant bonheur et médiocrité.

Face à ce monceau de déchets, de scories qui font finir oubliés, disséminés et brûlés dans la nuit, nous pouvons nous autoriser à respirer cet air que nous avons purifié, à sentir cette chaleur qui s'en vient nous caresser, à percevoir cette lueur de ces nouveaux jours annoncés.
Face à cette vermine tenace qui semble prête à tout recommencer, nous pouvons percevoir la certitude que plus rien ne pourra nous toucher, de minable, de mesquin, de malsain ou de biaisé, si intense est la joie qui est en train de monter, balayant toutes ces scléroses qui nous paralysaient.
Face à cette lassitude qui nous tenaillait, embruns gluants de tout ce qui nous était renvoyé d'échecs réels ou supposés, nous pouvons commencer à admettre que personne n'a jamais fait autant que ce que nous avons édifié, de beau, de grand, de vibrant et que ce n'est pourtant que le début de ce que nous sommes prêts à dévoiler.

Il ne s'agit de plus de tenir la garde, de lutter pied à pied, mais de se rendre compte que tout le monde nous regarde et nous montre le respect qui nous est dû, alors que nous pensions avoir échoué, tandis que s'ouvre enfin la direction vers ce paradis espéré.
Il ne s'agit plus de ne penser qu'à sa sauvegarde dans un maelstrom qui vient tout emporter mais de réaliser que nous chevauchons ces vents qui balayaient ces vestiges du passé pour révéler des trésors brillants que la poussière tenait cachée.
Il ne s'agit plus de quémander un secours, une aide qui n'est jamais arrivée, mais de comprendre que nous avons vaincu seul, à l'unique force de notre volonté, mettant à bas tout ce qui nous empêchait de rayonner.

Le monde n'est pas changé pourtant, mais notre regard s'est enfin éclairé, de cet espoir, de cette confiance en ce présent qui nous semblait injustifié.
Les autres n'ont pas failli, ils n'ont pas fait preuve de lâcheté  ; ils ont simplement servi à nous révéler ce qui nous limitait, ces croyances, ces errances sans intérêt.
Notre cœur, notre âme et notre esprit n'ont pas perdu le chemin qui était écrit. Ils ont juste choisi de nous obliger à renoncer à ce qui nous égarait  : nos peurs avariées.

Alors dans cet instant où tout a déjà basculé vers une nouvelle dimension que nous peinons encore à appréhender, il est légitime de s'autoriser à se laisser aller, à poser ce genou à terre, non pour sombrer, mais pour qu'enfin nous nous donnions le droit à cette fraternité, à cette tendresse que nous avions oubliée, à cet amour qui ne nous avait jamais quitté  :

celui qui nous fait ouvrir grand les bras à qui l'on est,
pour s'éteindre, se lover et s'abandonner
au cœur cette lumière intense,

la flamme de la renaissance annoncée.

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