Nature

Laurent Hellot – 2020 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

S'allonger sur le sol et contempler l'air pur, le ciel, les nuages qui partent à l'aventure. Étendre les bras et sentir l'odeur de l'herbe, des fleurs, bousculées par notre posture. Aspirer dans une grande respiration cette vie, cet atmosphère qui nourrissent à foison.
Et oublier toute cette souillure qui nous empoisonnait sans mesure.

Laisser flotter ses pensés, ses rêves, ses envies, ainsi qu'une voile portée par le vent qui se lève et la fait danser. Oser s'imaginer cet ailleurs, cet autre possible qui palpite dans notre cœur, ainsi qu'un papillon derrière une vitre à la recherche de la chaleur et de cette lumière qui s'agite, bougie minuscule qui pourtant transcende le crépuscule.
Et se rappeler combien l'on aime voir les soleils se lever.

Ouvrir en grand pour que s'invite ce qui n'est pas encore de ce présent, ces joies à venir, ces prochains souvenirs, ces souffles de désirs qui ne demandent qu'à s'épanouir. S'autoriser l'abandon, le non-respect des conventions, la transgressive jubilation de ce que l'on guette de futures sensations, plaisirs et d'émotions, tout ce qui construit un avenir par la volonté de sa création.
Et se voir sourire à l'horizon sans plus d'hésitations.

Rien n'est fait encore, pas plus de pas en avant pour aller dehors, de souhaits pour ne plus vivre une existence qui ressemble à la mort, d'énergie qui pulserait comme un trésor. Pour le moment, il n'est que maintenant et ici, bulle fermée aux autres et aux potentialités, refuge barricadé dont la porte est cadenassée, antre profonde dont on a oublié l'ampleur de l'obscurité, piège soyeux que l'on a soi-même tissé, cocon grillagé dont on a jeté la clé. Il n'est pas réellement envisageable de se considérer autre que dans ce paradis confortable, propre et douillet, à l'abri des doutes et des difficultés, au prix d'une sérénité formatée, d'un cadre de vie délimité, d'un tableau avec un paysage familier.
Mais il est pourtant temps de s'en libérer.

Pas un mouvement ne s'ébauche, pas un geste ne se concrétise, de peur de se heurter à la roche, à un obstacle inconnu, à un ennemi malotru. L'immobilité reste gage de sécurité, de pérennité, de paisibles journées, de certitudes bien ancrées, jalons d'une progression balisée dans un monde au chaos normalisé. Il n'est pas question de bouger d'un iota pour prendre le risque d'aller vers ce que l'on ne connaît pas, pire, que l'on ne comprendra pas, dans la nécessaire maîtrise de chacun de ses pas où le sol, la distance et l'objectif seront des garanties sur lesquelles on s’appuiera, en valeurs sûres sur lesquelles on ne doutera pas, routine familière qui nous conduit jusque-là et qu'il n'est pas de raison de remettre à plat.
Mais il n'est cependant plus de choix.

Espérer encore une fois que notre monde ne changera pas, que l'on saura garder et retrouver ce que l'on a toujours croisé, de rassurant, de familier, d'accessible et à portée, de garanties et d'assurance que l'on sera protégé, sans crainte à avoir, sans risque à redouter, juste la paisible certitude que tout restera ainsi qu'il en est, un parfait musée, une vitrine au verre trempé, un confortable mausolée de nos ambitions et de nos capacités. Étouffer avec empressement cette pointe de regrets qui ne cesse de se dresser, pour ne surtout pas lui autoriser le droit de nous égratigner, de faire jaillir de sous cette armure matelassée ce sang rouge et chaud, la preuve que l'on peut tout oser pour peu que l'on s'autorise à s'épancher.
Mais le doute persiste à se manifester.

Et cette Nature qui explose de vie et de joie sans plus attendre que l'on y croit, qui déverse son lot de surprises et d'émoi à nous enfouir sous un grand n'importe quoi de choix, multiples ou singuliers, basiques ou variés, simples ou compliqués, tout plutôt que de se résigner à nous regarder sédimenter, non par provocation ou vindicte, mais parce qu'il n'est pas de condition qui puisse se limiter à accepter que l'on se terre où l'on habite alors que le soleil ne cesse de briller, les vagues de déferler, les pluies de vivifier.
Et cette Nature qui impose son rythme de renaissance et d'inventivité, qui multiplie les créations et les idées, non par volonté d'humiliation ou de domination, mais pour nous rappeler que nous faisons partie d'elle, que nous le voulions ou non. Elle s'emploie à balayer nos effrois, les transcendant par l'immensité de ce qu'elle déploie, en un arc-en-ciel de couleurs qui renvoie à l'intensité du bonheur qui nous tend les bras, panorama multiple qui ne se cache pas mais offre au contraire la démonstration que nous pouvons décider de notre voie et non plus persister à nous terrer et rester cois.
Et cette Nature qui nous bouscule encore une fois, maîtresse majuscule qui nous montre cette fois combien l'on est ridicule de se cacher derrière nos dix doigts, par timidité, hésitation et craintes des erreurs, des fautes ou des humiliations qui fondraient sur nous pour peu que l'on ose sortir de chez soi, sans protection, sans direction, sans ambition, alors que ce qui importe n'est que de ne pas rester planté là, et non pas de devoir conquérir un continent à chaque fois, dans une quête sans plus aucun sens dans ce jour-là,

ce jour où il nous est montré que l'on doit bouger,
ce jour où il nous est demandé d'assumer,
ce jour où il est plus l'heure d'hésiter,

sauf à reproduire sans plus de fin la montée sempiternelle d'un escalier illimité.

Alors se relever d'un bond de cette herbe tendre et se redresser au-delà de cet Éden personnel qui nous enferrait, pour voir ce que l'on peut attendre de cet acte simple et pourtant insensé  :

vivre sans plus craindre d'exister.

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