Impatience

Laurent Hellot – 2020 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

 La lumière se dévoile au gré du vent qui fait balancer les branches des arbres, dans une danse alternant ombre et éclat, paravent translucide et mouvant. Elle projette sur la terre, sur les roches, sur le sable, les dessins de ses envies du moment ; voyage léger au travers des temps, inspiration magnifiée par la légèreté de l'instant, chemin tracé au travers de l'avenir et du présent.
Personne n'est là pour admirer ce jeu d'écritures, ces tracés de couleurs et de figures, cette joie qui esquisse un futur, de ce qui est et qui sera, dans la simplicité la plus pure. Seuls quelques papillons naviguent entre ces labyrinthes d'épures, ainsi qu'un souffle effleurant les contours de ces murs qui changent dans l'instant, obstacles dont pas un ne perdure.
Les alentours ne proposent que l'évidente beauté de la Nature, corps minéral et végétal dont étincelle la parure, dans cette sarabande magistrale qui semble un murmure à l'apaisante mélodie dont les échos rebondissent pour s'égayer vers la canopée de ce ciel ouvert aux aventures, réelles ou imaginées, proposées à qui veut bien fendre l'armure et la déposer à ses pieds, pour s'abandonner sans mesure.

Sur un rocher est tracé un message, de celui qui ne s'apprend qu'au travers des paysages et des expériences qui jalonnent le temps où l'on s'essaye à devenir grand, sage peut-être, c'est-à-dire rester un enfant ouvert aux surprises et à la quête d'un trésor qui n'existe que dans notre tête, notre imagination comme la clé de ce qui peut-être surviendra parce que l'on en a fait une fête.
Le sens de ces traces ne dépend que de nous, de qui l'on veut être, serviteur ou bien fou, prisonnier ou prophète ; leur langage n'a jamais eu de code ni d’interprète, seul accessible aux battements de notre cœur et non aux obsessions de notre tête, comme l'on s'essaierait de cueillir une fleur au beau milieu d'une tempête. Il n'est pas nécessaire de savoir comment s'écrit la planète pour saisir que ces signes en sont la palette.
Le mélange de ces reflets et de leur matérialité n'ouvre qu'à encore plus de liberté et de légèreté, dans une direction que l'on n'avait pas imaginée, celle de nos rêves oubliés, enfouis au creux de la banale réalité qui consume tout ce qu'elle ne réussit pas à absorber pour que, surtout, persiste ce tourbillon qui nous enfume et nous distrait de ce qui nous fait vibrer.

Ces arbres vénérables qui nous écoutent les appréhender, entre admiration et doutes de leur pérennité ne cachent pas leur perplexité insondable de ne pas arriver à communiquer la puissance et la force de leur sagesse innée, tant est perceptible notre tenace obsession de la vérité, à oblitérer tout ce qui se diffuse à travers leur écorce comme si cela n'avait jamais existé.
Cette Terre au grain inimitable ne cesse de se régénérer, en dépit de plaies béantes qui continuent de la marquer, dans une course incessante pour persister à exister, entre nourrir, préserver et détruire tout ce qu'elle a généré, matrice onirique mais charnelle qui offre à qui veut bien l'accueillir et l'aimer, dans un don funeste et magique où transmission rime avec appropriation inique.
Cet air qui souffle et qui brasse tout ce qui est respiré s'emploie à dissoudre cette buée sur la glace de l'altérité pour qu'enfin puisse s'écrire ce qui n'arrive pas à être absorbé et demeure à tout le moins dans le monde pour s'en rappeler, en une vivifiante inspiration vers laquelle se tourner quand tout et tous commencent à suffoquer et de n'en pouvoir plus d'exister.

Alors la lumière continue à briller et à se jouer de nos perceptions comme avec un bébé, submergé par ses émotions et incapable de verbaliser, pour lui montrer la direction aux fins de s'apaiser et sentir la confiance l'envelopper à foison jusqu'à se laisser aller. Elle ne cesse de varier les formes et les tonalités pour que chacun y trouve ce qu'il est venu chercher, de neuf ou de vieux, mais qui va l'aider.
Alors le paysage se met à changer, identique mais différent à chaque nouvel aspect que les rayons de cet astre s'autorisent d'imaginer, dans une multitude de facettes au sein desquelles il suffit de plonger pour comprendre, et le sens et l'essence de cette quête qui nous tient occupés au point de ne plus être en capacité de la saisir ni de discerner pourquoi elle continue de nous hanter.
Alors le jeu de miroirs entre cet environnement et nous qui nous affairons de  l'arpenter se poursuit de plus belle à la manière d'un ballet où les participants ne savent pas encore qu'ils sont liés, en dépit de ce jeu de vie et de mort où l'un tient l'autre serré, dans une joute à fleurets mouchetés, qui d'un pari inconscient est devenu une vitale nécessité pour ne pas sombrer dans le néant et être emporté.

Il n'est plus de jour ni de nuit pour encore expliquer la permanence de ce qui se crée, transformation ultime pour évoluer et ne pas plonger dans l'abîme d'un passé boursouflé où ne surnage plus que l'indigne et le dévoyé, au lieu de se focaliser sur tout ce qui nous appelle sans arrêt aux fins de nous transcender et devenir enfin ceux qui seront dignes de ce qui sera proposé  : la consécration ultime de tout ce chemin qui a déjà été arpenté. La lumière n'est là que pour que nous n'abandonnions pas notre capacité à deviner ce qui se cache sous l'amas de la technicité et que nous aspirions sans relâche à accéder à cette vibration fantasque et bravache qui continue de résonner pour nous faire sentir d'où vient notre légitimité en cette place où pas une créature n'est moins indigne que nous de prendre le relais. Il ne reste que la persévérante confiance en notre intelligence à réaliser que les limites de l'insoutenable sont en train d'exploser et sur le point de libérer des démons oubliés, chaos, cataclysme et atomisation de nos ambitions démesurées, en autant de miroirs où nous contempler. Seule demeure la bienveillance qui ne nous a jamais abandonnés, cadeau offert comme un geste de bonne volonté, précurseur de catastrophes annoncées dont nous sommes à la fois les auteurs et les sauveurs mêlés.

Reste à savoir si nous serons à la hauteur de ce qui nous est proposé  : cette lumière emplie de douceur, mère de nos souvenirs et père de nos destinées, qui nous berce et nous nourrit le cœur sans arrêt.

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