Contemplation

Laurent Hellot – 2020 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

 S'asseoir dans l'herbe et n'attendre rien de particulier.
Regarder le paysage et les arbres danser sous le vent léger.
Observer les nuages et leur course dans l'immensité, dans un ciel à l'azur parfait.

Et reconnaître que l'on est en paix.

Marcher sur un chemin, le soleil dansant sous les futaies.
Suivre les panneaux ou son instinct, pour explorer le monde sans fin.
S'égarer, flâner, puis se retrouver dans un endroit à la beauté immaculée.

Et admettre que l'on aime cette liberté.

Sentir un caillou dans sa chaussure, et se poser pour éviter la blessure.
Heurter une racine et manquer de tomber, mais se rattraper à la toute extrémité.
Être ébloui par un rayon jusqu'à ne plus percevoir que l'éclat d'une pure émotion.

Et s'amuser que plus rien de grave ne puisse arriver.

La ballade n'a pas été planifiée. Elle s'est improvisée dans la morne après-midi d'une fin de journée où tout ce qui rattachait à la vie se dissolvait sur un canapé, entre désespérance et vacuité. Il a fallu ce brin de soleil d'entre les circonvolutions des averses dans le ciel pour décider qu'il était temps de s'en aller musarder, quitte à terminer couvert de boue et trempé, tout plutôt que de ressembler à ce coussin mou qui n'en finit plus d'enfler.
Des chaussures, un sac, une bouteille, le nécessaire pour l'aventure est d'une facilité sans pareil, aussitôt endossés pour s'en aller musarder dans une contrée inexplorée, ni proche ni éloignée, juste dans cet environnement quotidien que l'on ne fait plus que traverser et que l'on ne sait plus contempler, happé par l'urgence du soir au matin de continuer à prouver que l'on peut exister, dans une exploration de ce que l'on pourra posséder, mais surtout de qui l'on est.
Les premiers pas ne sont pas assurés, à la recherche de sensations diffuses et oubliées, de celles qui nous rappellent que nous sommes vivants et incarnés, et pas seulement un cerveau verticalisé. Pas un promeneur ni un gêneur pour distraire de ces retrouvailles avec soi, dans une évidence bienfaisante qu'il était temps de se rappeler le bonheur d'oser.

Un rapace qui décolle juste sous notre nez.
Deux papillons qui batifolent et choisissent de nous accompagner.
Un troupeau de bovins qui s'affole lorsque l'on surgit juste dans le pré.

La joie de ces rencontres est sans commune mesure avec leur simplicité.

Une stèle qui gît dans le fossé.
Une chapelle qui se révèle, cachée sous les futaies.
Une voie qui était déjà foulée il y a des milliers d'années.

Le présent et le passé n'ont jamais été séparés, reliés par les mémoires semées.

L'heure qui n'importe plus, car le temps s'est arrêté.
La chaleur et la fraîcheur qui s'entremêlent dans une sarabande alternée.
Le jour qui prolonge sa lueur, juste pour laisser l'opportunité de baguenauder.

Le moment est celui que nous avons toujours rêvé.

L’étonnement est patent, de découvrir l’émotion que ces quelques instants avec soi ont su prodiguer comme intenses sensations, de ressentir que l'on pouvait enfin se trouver à l'unisson de ce chemin et de sa voie, sans pourtant chercher la direction qui aurait conduit à cette évolution, ces retrouvailles avec ses propres choix auxquels on avait renoncé sans raison, à part le doute et les hésitations.
Le plaisir est vibrant de comprendre ce que signifie être vivant, loin des standards de consommation, tout ce fatras qui submerge sans interruption, au point de nier notre singulière condition, ni avide de posséder ni languide de désirer, mais juste curieux de connaître ce qui nous convient le mieux, sans se contraindre à regarder à travers une minuscule fenêtre les étoiles qui se mettent à briller.
Le soulagement est prégnant, de constater que la simple démarche d'aller de l'avant est ce qui va nous aider à dépasser l'obstacle contre lequel on buttait et luttait, sans comprendre comment arriver à le surmonter, alors qu'il s'agissait purement et simplement de se laisser guider par son intuition et ses rêves d'enfants, sans plus vouloir à tout prix maîtriser, et la solution et ses conditions, au lieu prendre une grande respiration et d'improviser.

Un retour qui n'en est pas un, tant notre cœur est resté au coeur de ce chemin.
Un détour qui confine au divin, avec la puissance et l'innocence dans nos mains.
Un amour qui déborde d'énergie, dans un rayonnement qui n'aura plus de fin.

Ce voyage au creux de nos certitudes et de notre quotidien devrait être accompli chaque soir et chaque matin, pour que notre vie demeure sans cesse la découverte de ce que nous avons à portée de mains, d'évident, de reliant, de vibrant,

l'incroyable privilège d'inventer notre destin,
dans une matrice créative qui nous appartient,
et offre l'initiative de choisir qui l'on devient.

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