Equilibre

Laurent Hellot – 2021 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

L'air souffle avec douceur, enveloppant notre corps, notre esprit d'un bain protecteur, loin de toute souffrance et toute douleur. Il semble n'y avoir plus que cette sensation pour se relier à notre cœur et ses émotions, le délestant de ces peurs et ces damnations qui rythmaient nos jours comme un moteur à explosion, de rage, de fureur, d'outrage et de terreur. Le calme qui apparaît à présent entoure nos frissons, nos tremblements d'un baume qui laisse pantelant, surpris, sonné de ce soudain apaisement comme il n'en a jamais été, serein, ici et maintenant.
Le soleil baigne notre peau et nos yeux d'un éblouissant et soyeux halo qui monte jusqu'aux cieux, dans un émouvant et joyeux crescendo pour nous montrer la voie qu'il nous faut, ni trop bas ni trop haut, le juste équilibre dans le bon tempo. Se laisser aller à cette bienfaisante chaleur ouvre à des vibrations qui dissolvent ce qui nous encombrait bien trop, ces armures parfaites, sur la poitrine, sur le dos, sur la tête, pesantes et rouillées d’avoir servi si longtemps à brider qui l'on peut être, sous le prétexte de ne plus être blessé par quiconque, homme ou bête.
La terre porte la charge de nos doutes et de nos errances, dans ce monde en perpétuelle transe, fardeau insoutenable auquel elle offre un soutien estimable, sans contrepartie, sans jérémiade et sans cri,  par le simple et naturel don de sa force éternelle, château de pierres et d'étincelles, capable de résister à l'enfer et à des diables sans même se mettre en guerre ou laisser déferler sa puissance inarrêtable  ; parce qu'elle ne cesse de nous aimer, qui que l’on soit, quoi que l'on fasse de pitoyable ou de remarquable, gardien et guide de nos pas vers notre nature véritable.

L'espace qui nous entoure n'a pas changé, tout autant rempli des bruissements et de la vie qui vient de s'éveiller, attentif à ce qui jaillit de dedans pour l’accueillir et l'accompagner, comme les premiers pas d'un enfant qui ose ce qu'il n'avait jamais imaginé, grandir, se redresser et courir à la joie de savoir marcher. Sa dimension prend enfin la place qu'il n'arrivait pas à atteindre par notre raison, obnubilée alors à se regarder dans la glace jusqu'à sidération.
La conscience ose enfin s'émanciper de ces tracas, schémas et labyrinthes dans lesquelles elle ne cessait de s'égarer, accompagnée en cela par ce nouveau lien, à son propre corps et au monde entier, reconnaissante de sentir qu'elle n'est plus bâillonnée par les jérémiades incessantes d'épuisantes pensées, réclamations et angoisses envahissantes qui ne servaient qu'à distraire de l'essentiel des sens et de l'abondance qui était à portée.
L'essence de notre être se remet à briller, ainsi qu'un veilleur qui se serait réveillé, non pas honteux ou perdu de se voir sollicité, mais heureux de ne plus avoir à se taire et se cacher pour ne pas subir les foudres d'un ego en colère de ne pas pouvoir tout dominer, la matière comme la Terre entière considérées ni plus ni moins que des objets à s'approprier, massacrer et rejeter, en parfait petit enfant gâté qui a toujours obtenu ce qu'il réclamait.

L'endroit n'a plus d'importance, que ce soit entre ses draps ou dans un hangar sans substance. L'énergie qui pulse et qui se déploie crée le reflet de notre existence, vibrante, illimitée, sans plus d'exigence à rendre des comptes ni à plaire à ceux qui y sont habitués. Accepter d'être celui tel qu'on est né autorise à se reconnaître unique et parfait, magique et singulier, à la hauteur de cette joie simple et pourtant si compliquée  : vivre et exister, comme si l'on était le premier et le dernier.
L'autre n'est plus ce miroir d'arrogance et de séduction auquel il faut se plier pour se voir créditer du droit de continuer sous des conditions que personne ne devrait tolérer, mélanger d'autoritarisme et de soumission, dans une danse malsaine et corsetée. Il ne demeure plus que cette reliance évidente, naturelle, de faire partie d'un tout immense et d'explorer un champ de possibilités aussi vaste que nos rêves éveillés, où chacun a la toute puissance d'un ange émerveillé.
Le temps n'a plus de sens en ce qui vient de se révéler, onde sans conséquence qu'il est facile d'explorer, vers un futur potentiel ou un passé évaporé, cercle universel sur lequel tout peut s'expérimenter, le beau, l'émouvant et l'impensé, en autant d'échos impressionnants de tout ce que l'on a encore à explorer, dans un voyage de l’infiniment petit à l'immensément grand, sans crainte de s'égarer, au sein d'une incroyable et bienveillante assemblée.

Dans cet état de complète et folle liberté, il n'y a pas plus d'importance à attacher à son encombrante tête qu'à son petit doigt de pied, base et socle de la même et particulière unité, celle qui nous offre de renaître à chaque instant où l'on s'écoute sans plus tricher, heureux et fier d'entendre tous les messages que l'on avait ignorés, pourtant si évidents et si sages qu'il en est risible de constater à quel point nous avons persisté à tout compliquer, sous le prétexte vain de rationaliser.
Dans cette situation de parfaite et permanente vérité, il n'est plus besoin de jouer à se dissimuler derrière le paravent de notre personnalité, sans plus de miroirs au sein desquels se démultiplier pour ne laisser prise à aucun regard qui soit à même de contempler notre pure beauté, dans une pudeur incompréhensible et de totale vanité, où notre accès au monde devrait être canalisé dans l'étroit et obtus filtre de notre insuffisante pensée.
Dans cette émouvante et idéale révélation, il n'est plus utile de s'interroger sur le sens et l'objet de cette vie incarnée, mais bien de ressentir à pleine intensité la jubilation et la grâce de se voir à la fois créateur et voyageur dans l'Univers entier, celui qui nous guide et nous aide à nous révéler, à nous-même, aux autres et à cette communauté sans laquelle nous ne serions rien qu'une goutte d'eau sur le point de s'évaporer dans un océan de fraternité.

Alors gouttons à ce plaisir simple et pourtant incroyable de se sentir aimé, parce que nous nous autorisons enfin à montrer notre lumière sans plus tricher, pour le bien de tous et de soi en particulier,

cet arc-en-ciel aux couleurs douces et magnifiques,

notre âme incarnée.

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