En équilibre

Laurent Hellot – 2021 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

 

 La douceur des sons est rassurante, apaisante, après toutes ces années de cris et de hurlements à foison jusqu'au point de ne plus supporter leurs agressions virulentes. La petite musique qui se dégage de tout l'environnement à présent est un réel soulagement, un cadeau du moment, enfin équilibré, enfin posé.
Les couleurs qui envahissent la pièce, du sol au plafond sont éclatantes, multiples et vibrantes, décorant l'espace d'une tonalité à la joie naissante. Leur survenance, leur existence est un enchantement, après tout ce temps passé dans cet enfer blanc, cette cage aseptisée qui n'avait rien de vivant.
Les odeurs qui se diffusent, de cumin, de jasmin et de menthe, sont étonnantes par leur fusion entêtante, comme un cocktail aux saveurs enivrantes que l'on goûte soudain avec une jubilation trépidante. Leur mélange, leurs caractéristiques étranges ouvrent à des perceptions qui ressemblent au nectar des anges.

Dans cet ailleurs où repose mon cœur,  je regarde ces changements avec la curiosité d'un enfant, surpris et rassuré de constater que les chemins sont maintenant séparés, mais bien ancrés et tracés vers ce qui était envisagé, au sortir de ces maquis, de ces forêts où chacun ne faisait que s'égarer.

Le paysage qui se dévoile est inédit, de celui qui ne peut être arpenté ni à pied ni à voile, par la simple grâce de l'esprit, de la pensée, de l'énergie,  de l'intention qui unit. Ses montagnes et ses ravins, ses sinuants chemins, ses plages au sable blond, ses villages emplis de créatures de tous horizons tissent la trame d'un nouvel horizon, où le voyage est l'essentiel de la destination.
Le ciel qui se découvre expose des constellations qui n'ont pas de maison, de signe, de cadran dans lesquels limiter leur diffusion et leur puissance insigne, loin de toute norme, de toute interprétation, libres d'exprimer les messages qu'elles envoient dans toutes les directions, appels aux changements, à la révolution, dans ces mondes prisonniers de leur involution, prêts à la transformation.
Les lumières qui brillent sans interruption, balises oscillant au gré des métamorphoses, ouvrent à une voie libre de toute désorientation, bordée de refuges et de transitions, paisible et sereine excursion, après ces errances entre les sentiments et la raison. Leur signal confortant exprime l'évidence que l'on ressent en dedans : qu'il n'est plus besoin d'avoir peur pour aller de l'avant.

Dans cette position d'acteur et de spectateur où je me tiens en cet instant, je souris à ce que j'observe avec soulagement. Chacun trouve enfin sa place, après tous ces égarements, une partie encore en train de tisser la nasse de leur enfermement, d'autres étonnés de ne plus avoir à se battre pour espérer vivre l'enchantement.

Les destins ne sont plus ces injonctions à subir ces épreuves dont le sens demeurait vain, lacis de détours et de pièges aveugles qui ne conduisaient qu'à la fin, des joies, des plaisirs, faute d'avoir trouvé ce que l'on avait en soi et comment en finir avec ce que l'on croit, pour ne plus écouter que ce que l'on sait.
Les envies ne sont plus des caprices soumis à des pulsions infinies, bourgeons de promesses qui ne donneront jamais les fleurs dont le parfum est exquis, mais pourriront parce que personne ne sera là pour les contempler, s'extasier et partager le spectacle de leur subtile beauté.
Les rêves ne sont plus des fantasmes qui ne réussiront pas à se réaliser, troubles doubles dans des glaces couvertes de buées et qui n'esquissent que l'ombre de ce qu'ils pourraient offrir si on décidait de les laisser s'exprimer, effaçant d'un geste tout ce qui les contrariait et bridait leurs potentialités.

Dans ces clameurs qui montent sans discontinuer, je distingue les cris ou les pleurs, les joies ou les peurs, cette foisonnance de sentiments qui fait que l'on se tient vivant ou que l'on creuse la tombe de son propre enterrement. La multitude des choix de chacun expose aujourd'hui ce que sera demain, mort ou vie, jour ou nuit.

Le passage du temps n'a plus de signification au centre de ces mutations. Il ne représente plus qu'un élément imparfait qui déséquilibre la perception de la réalité, métronome mal calibré dont le rythme ne correspond plus à la musique qui est jouée, en retard ou en avance, voire totalement désordonnée, dans l'urgence ou le différé avéré, mais tout sauf juste dans ce qu'il doit entraîner.
Les rencontres qui s'enchaînent n'ont plus la même saveur qu'elles avaient, brouillard constitué d'une myriade de spectateurs dont l'objectif demeure autocentré, loin de l'échange et de la découverte qui pourrait s'initier, motivé par le besoin et la nécessité, non plus le plaisir simple de se tenir la main et de partager. Ce constat n'appelle qu'à l'exigence d'une complète liberté, pour n'accueillir que celui ou celle prêts à aimer.
Les projets n'ont plus l'ambition qui leur était donnée, confettis éparpillés dans le vent de l'instabilité, de la myriade de possibilités, de l'embarras des potentialités. À la place se découvre tout ce que l'on avait ignoré, chance et providence qui se dévoilent parce que plus rien n'est planifié, mais ouvert à la surprise et à la spontanéité, abondance de réussites et de célébrations méritées.

À cette place que j'ai choisi d'occuper, je souris de l'espérance qui m'a portée, dans ces épreuves que j'ai traversées, seul mais entouré, triste mais consolé, perdu mais guidé, non par ceux en qui je croyais, mais ces autres qui m'ont sauvé, ceux dont je ne soupçonnais pas l'amour et la générosité, parce que j'étais persuadé de m'être fourvoyé, alors que je tenais dans mes mains le trésor que je cherchais, et qu'enfin, je l'ai embrassé, pour l'offrir au monde entier.

À cette place que j'assume en totalité, je ris de ma victoire sur mes doutes et ma vulnérabilité. Je sais enfin quelle est ma route et où elle peut me mener, tant que la joie sera à mes côtés, compagne précieuse et divine qui ne m'a jamais abandonné et que je chéris de retrouver en totalité, flamme précieuse et heureuse  ; et je me promets de ne plus la quitter, de la garder en mon cœur, émerveillé du bonheur d'exister. Il est temps de montrer à l'Univers que je suis l'alchimiste dont la transmutation est arrivée.